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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Roman magnifiquement construit et nourri d’une vaste érudition. On s’étonne qu’il soit l’œuvre d’un auteur de vingt-six ans qui, de surcroît, en était à son premier livre.

À elle seule, l’idée de s’inspirer de La divine comédie pour déterminer les châtiments à infliger à des notables indignes ouvrait une piste originale. En s’orientant vers la relecture d’une œuvre célèbre et pourtant inconnue, Matthew Pearl s’imposait toutefois une obligation : celle d’inventer des meurtriers qui sachent quelque chose de Dante. Il surmonte la difficulté en ressuscitant le groupe de travail créé à Cambridge par Longfellow en 1865 et voué à la traduction de La divine comédie. L’opposition entre les intellectuels mobilisés par ce projet et le conservatisme de Harvard, sans faire de Dante une figure populaire, faisait de l’auteur italien un objet de litige et presque un nom familier. Pearl ne pouvait cependant pas pousser trop loin dans cette veine, car les membres de ce cercle, Longfellow en particulier, possèdent des biographies bien établies et ne pouvaient guère faire partie des suspects. On voit mal l’auteur d’Évangéline infliger à des célébrités bostoniennes les sévices que Dante propose dans les plus cruels cercles de son Enfer ! Pearl s’enfermait ainsi, audacieusement, dans une impasse : ceux qui connaissent Dante ne peuvent tuer, mais les meurtres reproduisent minutieusement les vues de Dante…

La réussite n’en est que plus impressionnante. Le personnage de Longfellow en particulier a fait l’objet de vérifications minutieuses. Poète, polyglotte, l’homme respecté de tous contribue à briser l’énigme sans renoncer à ses bonnes manières. Portrait qui, à lui seul, a dû coûter bien des heures de consultations. Décor également précis et minutieusement reconstitué, Boston-la-puritaine est contrainte de confesser plusieurs des travers qui la caractérisaient au milieu du dix-neuvième siècle, depuis la brutale corruption de la police jusqu’à la propension de l’auguste Harvard à l’intimidation des maisons d’édition. Ces bénéfices historiques et littéraires s’ajoutent à une intrigue complexe, mais bien menée.

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