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Thomas Piketty

LE CAPITAL AU XXIe SIÈCLE

Seuil, Paris, 2013
976 pages
47,95 $

Rendre compte du dernier essai économique de Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, et de ses 976 pages s’avère une tâche ardue. Malgré son titre évocateur, il serait faux de considérer cet essai comme une simple tentative de réhabiliter la thèse marxiste. Bien au contraire, Piketty se distancie du communisme dès les premières pages en annonçant qu’il fait partie « de cette génération qui est devenue adulte en écoutant à la radio l’effondrement des dictatures communistes, et qui n’a jamais ressenti la moindre tendresse ou nostalgie pour ces régimes et pour le soviétisme ».

Piketty intègre à son analyse la majorité des problématiques de l’économie contemporaine telles que l’Union économique et monétaire européenne, la dette, la croissance, l’éducation – il est notamment fait mention du printemps érable québécois – et l’environnement. Tout en étant pertinents, ces propos s’éloignent du sujet central et allongent suffisamment le texte pour effrayer plus d’un lecteur. C’est d’autant plus dommage que Piketty vulgarise très bien son propos et rapproche l’économie des autres sciences sociales. Il rejette la fausse – selon lui – scientificité supérieure de l’économie et rappelle que, comme toutes les autres sciences sociales, elle est par son sujet d’étude, l’humain, faillible. La grande force de ce livre est justement de rapprocher l’analyse économique de l’analyse historique. En reconstruisant plusieurs séries de données, ainsi qu’en faisant régulièrement référence aux œuvres de Balzac et de Jane Austen, Piketty arrive à présenter aux lecteurs un portrait de l’évolution de la richesse et de la possession du capital à long terme pour plusieurs pays. La fiabilité de ses données peut certes être mise en doute – quoiqu’il ait jusqu’à maintenant réussi à la défendre –, mais Piketty a le mérite d’introduire dans le débat économique sur les inégalités une réflexion empirique jusque-là manquante.

Sa principale conclusion, soit l’existence d’une force de « divergence fondamentale » au sein de l’économie qui tend à une croissance indéfinie des inégalités, mérite par ailleurs notre attention. Il est donc dommage qu’un plus grand effort de synthèse n’ait pas été effectué puisqu’il est évident que plusieurs lecteurs se buteront malheureusement à la longueur de cet excellent essai.


Publié le 10 juillet 2015 à 13 h 32 | Mis à jour le 10 juillet 2015 à 14 h 54