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NUIT BLANCHE

On sait depuis longtemps qu’en histoire, l’objectivité est un leurre. Ce qu’il reste à savoir, c’est si ce constat autorise les historiens à être subjectifs n’importe comment.

Il faut dire que le concept de L’autre histoire du Québec, mi-anthologie, mi-pamphlet, est intéressant en soi : dans une quarantaine de courts chapitres, Michel Lapierre rend compte de sa réflexion sur l’histoire du Québec, depuis la Nouvelle-France (période qu’il rebaptise « naissance de l’Amérique québécoise ») jusqu’à l’après-référendum de 1995. Chaque section constitue en fait un commentaire sur un ou deux ouvrages québécois (d’histoire généralement) parus au cours des cinq dernières années. « Commentaire » au sens fort.

Michel Lapierre a droit à son opinion et à ses perceptions comme n’importe qui. Et sa lecture originale de l’union profonde qui existe entre nos ancêtres canayens et les Amérindiens, par exemple, ou encore de l’importance sous-estimée de nos figures progressistes du XIXe siècle mérite d’être exprimée et approfondie. Cependant, comme il le dit lui-même dans son introduction, tout se résume dans le ton. Or le ton de celui qui a vu la lumière, et qui méprise quiconque n’a pas vu la même que lui, enlève terriblement de crédibilité, sinon d’intérêt, à ses propos : Jacques Ferron est un génie méconnu, Fernand Dumont, une croûte qu’on est bien bête d’avoir écouté. Jacques Parizeau est un pur, Lucien Bouchard, un mou. Grosso modo, dans ce panorama des historiens et des personnages historiques de notre territoire, il y a d’une part ceux qui « savaient bien que.. », qui « ont compris que », et d’autre part ceux – beaucoup plus nombreux – qui « ne se sont pas rendu compte que », « qui ne se sont pas aperçus que », bref qui ont été dans l’erreur toute leur vie.

En voulant jeter un éclairage nouveau sur notre histoire, Michel Lapierre souhaite revaloriser le pays. L’entreprise est fort louable, voire nécessaire au Québec, mais on peut se demander à juste titre comment il est possible de valoriser un peuple et de dénigrer à la fois les trois quarts de ceux qui en font partie qui prennent la parole.

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