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José Saramago

L’AUTRE COMME MOI

Trad. du portugais par Geneviève Leibrich
Seuil, Paris, 2005
283 pages
34,95 $

Dans ce roman singulier où le Sens commun est un personnage à part entière, José Saramago, virtuose de la digression, nous raconte les tribulations insolites de Tertuliano Máximo Afonso, professeur d’histoire méticuleux, susceptible et dépressif dont l’existence était jusque-là sans histoire. Misanthrope à l’esprit débridé, solitaire et un tantinet parano, Tertuliano verra sa vie bouleversée lorsqu’il découvrira son sosie – au grain de beauté et à la cicatrice près ! – dans un film de second ordre. Dure épreuve pour qui se veut unique ! Afin de découvrir qui se cache derrière son double, le professeur usera de quelques stratagèmes plus ou moins vertueux.

Le thème du double est ici magnifiquement traité : qui suis-je si cet Autre est moi ? Lequel des deux est l’original ? lequel est la copie ? Question déroutante mais fondamentale que Tertuliano est bien résolu à élucider. C’est la conscience de soi, l’identité même du personnage qui se trouve remise en question. Particulièrement en verve pour ses 83 ans, José Saramago interpelle son lecteur, le prend à témoin de la complexité du langage, du dur labeur d’aimer, du caractère insolite de la vie en général et de celle de son personnage en particulier. Il ironise, il extrapole et, histoire d’étirer le suspens, il perturbe à dessein sa narration en y introduisant de longs commentaires, de savantes digressions qui cassent à tout moment l’unité du récit, tout comme la cruelle apparition du double viendra fissurer la personnalité des sosies. « Tertuliano Máximo Afonso se laissa choir dans le canapé et non sur la chaise où l’espace n’eût pas suffi à abriter l’effondrement physique et moral de sa personne, et là, se prenant la tête à deux mains, épuisé nerveusement, l’estomac noué, il essaya de mettre un peu d’ordre dans ses pensées, de les extraire du chaos d’émotions accumulées depuis le moment où sa mémoire, veillant sans qu’il le soupçonne derrière le rideau fermé de ses yeux, l’avait fait se réveiller en sursaut de son premier et unique sommeil. »

Encore un roman hors du commun pour un auteur inimitable !

Publié le 1 juin 2005 à 14 h 25 | Mis à jour le 12 février 2015 à 11 h 55