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David Lodge

L’AUTEUR ! L’AUTEUR !

Rivages, Paris, 2005
414 pages
32,95 $

« On juge parfois souhaitable d’insérer en préambule d’un roman une note affirmant, en substance, que l’histoire et les personnages sont purement fictifs », avertit David Lodge dans sa préface, non sans faire preuve de cette satisfaction anticipée propre aux facétieux. Quand on lit quelques lignes plus loin que ce livre, qui est un roman, « commence à la fin de l’histoire, ou près de la fin, puis remonte au début pour faire son chemin vers le milieu et ensuite rejoindre la fin, autrement dit le moment où il commence », on comprend que David Lodge nous prépare une de ces surprises dont il a le secret. Le récit des années anglaises d’Henry James s’ouvre en décembre 1915, à Londres, à l’heure de l’agonie du « maître » – « le mot s’impose » écrit David Lodge – entouré de ses proches et de ses fidèles serviteurs. « ‘Un écrivain ne devrait avoir aucune attache, en dehors de son art’. C’est ce qu’il a dit. Et je pense que ça s’applique aussi aux devoirs d’un bon serviteur. Il faut s’y consacrer tout entier. C’est une vocation », déclare le loyal Burgess alors qu’agonise tout près de là celui qu’il n’appelle que « monsieur ».

Vrai-faux roman, biographie, qu’importe le nom que l’on donne à ce portrait très documenté que dresse David Lodge de Henry James, arbitrairement négligé par les lecteurs, iniquement dédaigné par ses pairs. L’Angleterre est victorienne, George du Maurier est porté au pinacle, Henry James est hué au théâtre Déjà, le monde littéraire peut se révéler très cruel, surtout pour l’écrivain érémitique qui se soustrait volontairement à la dictature de la mode. Et dans ce microcosme littéraire se croisent des figures emblématiques et d’autres moins célèbres ; c’est la décennie d’Oscar Wilde, de Guy de Maupassant et de George Bernard Shaw. « L’auteur ! L’auteur ! », c’est ce que scande le public à la première de L’éventail de Lady Windermere d’Oscar Wilde, un triomphe que ne goûtera jamais Henry James, pourtant promis lui aussi à cette postérité que vient consolider David Lodge, en admirateur passionné et lucide.

L’humour, tout britannique, est coutumier. Le style, un brin désuet par moments, est parfaitement de mise dans cette évocation érudite et inventive où domine une tendre mélancolie. La plume, subtile, racée et brillante, est bien servie par la traduction de Suzanne V. Mayoux.

Un grand, un très grand David Lodge pour honorer le grand, très grand, Henry James.

Publié le 22 septembre 2005 à 0 h 43 | Mis à jour le 22 septembre 2005 à 0 h 43