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Tahar Ben Jelloun

L’AUBERGE DES PAUVRES

Seuil, Paris, 1999
295 pages
29,95 $

Encore l’enchantement de Tahar Ben Jelloun. Il semble que l’auteur marocain sache toujours se renouveler ; tel qu’en lui-même, toujours il change. Qu’est-ce que cette Auberge des pauvres ? Une histoire en poupées russes. En surface, c’est l’histoire d’un écrivain de province, professeur d’université sans grande envergure. Il est mal marié, c’est son drame. Arrangé par sa famille et celle de sa femme, c’est un mariage où la belle famille se fait envahissante. Ainsi envahi, l’écrivain n’arrive pas à trouver la paix ni la tranquillité nécessaires pour produire son œuvre. C’est en homme désillusionné, amer, qu’il participe un jour à un concours littéraire lancé par le maire de Naples pour célébrer l’entrée de sa ville dans le nouveau millénaire. Il s’agit d’écrire le Roman de Naples. Et voilà que notre écrivain soumet un texte, sans trop se faire d’illusions. À sa grande surprise, il est choisi pour séjourner à Naples et participer à la célébration de la fête napolitaine.

C’est une chance inespérée. Enfin se présente l’occasion de partir, d’échapper à l’étouffement. Dès son arrivée à Naples, il est convié à visiter l’Auberge des pauvres, lieu désaffecté qui fut autrefois cour des miracles. Une vieille y a établi ses pénates. Elle y règne sans partage sur les rats, le capharnaüm et quelques autres locataires. Parmi ceux-ci se trouvent Momo, Sénégalais clandestin et simple d’esprit, et Gino, musicien vieilli et accablé par une peine d’amour.

Le roman est prétexte à raconter les histoires d’amour déçues de la vieille, du narrateur, de Gino. Et ce récit qui commence lentement finit par s’enrouler sur lui-même, creusant l’âme des personnages jusqu’à la moelle. C’est là qu’on découvre qu’une histoire d’amour en cache toujours une autre, si bien qu’à la fin on se demande si la réalité concrète importe plus que la réalité intérieure de ces humains qui ne cherchent après tout qu’à vivre un peu avant que la mort ne les emporte.

Au-delà de ces histoires d’amour et de quête du bonheur, se dresse un portrait des relations entre les peuples de la Méditerranée. Marocains, Sénégalais, Algériens, Italiens, Français se côtoient dans le roman et pas toujours sans heurts. Les trois grandes religions monothéistes s’y rencontrent aussi, parfois de façon surprenante. Et surtout l’Histoire se charge de rattraper les histoires individuelles. Et c’est ça le génie de Tahar Ben Jelloun.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21