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Numéro 140

Antonin Clapés

L’ARCHITECTURE DE LA LUMIÈRE

Trad. du catalan par Denise Desautels
Le Noroît/Myriam Solal, Montréal, 2014
102 pages
18 $

La vie d’Antonin Clapés est tout entière vouée à la poésie. En plus d’être l’auteur d’une trentaine de recueils traduits dans plusieurs langues, Clapés dirige une maison d’édition consacrée à la poésie et à sa traduction. Il a notamment publié en catalan Philippe Jaccottet, René Char, Claude Beausoleil, Nicole Brossard et Denise Desautels. Le titre de son recueil paru au Noroît, L’architecture de la lumière, est d’ailleurs tiré d’un poème de Desautels. Celle-ci, avec générosité, signe la traduction en français.

Dans cet ouvrage bilingue, le poète tente de dire la lumière, image par excellence de ce qui fuit : l’existence, le temps. Il semble en effet impossible de saisir la lumière puisque, lorsque « tout devient visible », la lumière « est invisible ». Il faudrait donc être armé d’« une écriture blanche », qui fasse entendre « le son de la lumière ». Ainsi l’écriture d’Antonin Clapés se fait-elle la plus silencieuse possible, c’est-à-dire qu’elle se laisse pénétrer, et on le sent, par des sortes de filets d’air, de rayons lumineux. Ses poèmes ressemblent à des flocons, tout dentelés, légers : on les regarde simplement tomber, on se laisse toucher par leur beauté gratuite ; qui chercherait à les prendre les détruirait.

En ce sens, la parole, comme des mains trop chaudes, ne tuerait-elle pas l’essentiel de ce qui nous échappe ? Ne suffirait-il pas au poète – en serait-il toujours un ? – d’admirer cette lumière, cette existence, ce vide, de disparaître en eux sans vouloir les posséder ? « [L]’écriture – contre l’étrangeté de vivre / contre la mort ajournée » : ainsi, oui, de répondre Clapés, l’écriture est nécessaire à la vie, elle la rend amicale, et d’une certaine façon la rapproche de nous. Écrire, aussi, comme écho à « la voix du dieu absent / ce vide qui demeure / vraisemblable ».

La réalité qui est la nôtre porterait en elle une multitude de poèmes, les rêves, peut-être, d’un être qui sommeille. Écoutons-les, nous dit Antonin Clapés, dressons l’oreille, ouvrons grand les yeux afin qu’il « traverse[nt] l’obscurité de l’âme ».

Publié le 29 septembre 2015 à 13 h 11 | Mis à jour le 6 octobre 2015 à 13 h 56