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Michel Matte

L’ACTIVITÉ SECRÈTE DE RENÉ LÉVESQUE LE 18 JUIN 1965

Lanctôt, Outremont, 2005
168 pages
16,95 $

Le titre laisse entendre le pire. La vie privée de René Lévesque a tant occupé une certaine presse qu’on redoute toujours d’autres juteux ragots. Qu’on se rassure, Michel Matte ne mange pas de ce pain. Si, néanmoins, il laisse son lecteur sur sa faim, c’est pour d’autres motifs. Déjà, la première phrase suscite l’inconfort : « À cette époque, René Lévesque était ministre des Richesses naturelles pour le Parti libéral ». Parions que Lévesque aurait tiqué à l’idée d’être ministre « pour un parti ». Il aurait également tiqué en apprenant qu’il fut, dès 1960, « nommé ministre des Richesses naturelles ». Le Dictionnaire des parlementaires du Québec indique pourtant que René Lévesque fut « ministre des Ressources hydrauliques et ministre des Travaux publics dans le cabinet Lesage du 5 julllet 1960 au 28 mars 1961 ». L’auteur comprendra que ces flottements, bien que bénins, incitent le lecteur à lire prudemment la suite de l’enquête. Car il s’agit d’une enquête. Elle vise, d’une part, à savoir ce que faisait l’homme politique un certain jour de juin 1965 et, d’autre part, à établir si René Lévesque a tout mis en œuvre pour effacer toute trace des propos qu’il aurait tenus à cette occasion. Que révèle l’enquête ? Que René Lévesque s’est adressé ce jour-là à un auditoire syndical et qu’il a pourfendu le syndicalisme de boutique et un certain type de patronat. Rien de plus scandaleux que ce qu’il avait dit aux « gars de Lapalme ». Rien qui aurait déconcerté Jean Lesage. Rien qui justifie les années d’entêtement de l’enquêteur. Quant à l’autre versant de l’enquête, il étonne davantage. En effet, l’auteur n’offre rien de plus qu’un appel anonyme pour prouver que René Lévesque lui-même a tenté de localiser et de faire disparaître les enregistrements de cette conférence. Beaucoup d’émoi pour un maigre butin. Faut-il soupçonner l’auteur d’avoir poursuivi un autre objectif ? Cela nous embarquerait dans un procès d’intention forcément disgracieux. Michel Matte s’y expose cependant lorsqu’il écrit : « Quant à l’indépendance du Québec qui ne fut jamais un véritable objectif pour René Lévesque, c’est une autre chose ».

Publié le 18 septembre 2005 à 19 h 57 | Mis à jour le 18 septembre 2005 à 19 h 57