Paul Golding

L’ABOMINATION

Trad. de l'anglais par Robert Davreu
Plon, Paris, 2004
478 pages
52,95 $

Un solide bouquin de près de cinq cents pages sans dialogues, voilà plusieurs heures de lecture en perspective ! Après la première partie, qui fait moins d’une cinquantaine de pages, je me suis néanmoins mise à douter de ma capacité d’achever ce roman dans lequel Santiago Moore Zamora, le narrateur, se met en quête d’un mec, Big Uncut Man, puis nous entraîne dans des bars gais londoniens d’un goût douteux.

Fort heureusement, les deuxième, troisième et quatrième parties, qui font trois cent soixante pages, se révèlent d’entrée de jeu captivantes. Dans son île espagnole natale, le jeune Santiago coule des jours presque heureux entre sa mère espagnole, son père anglais, le souvenir de sa Mam’zelle, sa Nanny et les domestiques chargés de la cuisine et du jardinage. Bref, la toute première période de sa vie, paisible et sans histoire, représente pour lui un certain bonheur. « Mais oui, il y eut une saveur générale dans ma petite enfance : riche et légèrement écœurante et tendant vers le chaud, comme des marrons glacés que l’on mange au soleil. » Toutefois, alors qu’il n’avait que six ans, la main baladeuse d’un professeur lui fit éprouver, en dépit de la honte, une certaine satisfaction. Ce type de plaisir, pour lequel le jeune Santiago se découvrira des dispositions, tournera au cauchemar lorsque ses condisciples du collège anglais auquel son père l’a inscrit le prendront en grippe.

Assurément, Paul Golding a du talent : L’abomination foisonne de descriptions étoffées et évocatrices, d’atmosphères intenses, d’images saisissantes. Une écriture puissante dont il n’est pas faux de dire qu’elle recèle des accents proustiens, comme le souligne le Sunday Times.

Adeptes du style minimaliste, s’abstenir.

Publié le 23 novembre 2004 à 16 h 01 | Mis à jour le 7 janvier 2015 à 18 h 13