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Numéro 104

Jacques Poulin

LA TRADUCTION EST UNE HISTOIRE D’AMOUR

Leméac, Montréal/Actes Sud, Arles, 2006
132 pages
15,95 $

Après sa lecture du dernier roman de Jacques Poulin, une amie me confiait qu’elle a cru tenir entre ses mains la réédition d’un autre roman de l’auteur. L’anecdote est parlante : Poulin ne cesse de refaire du Poulin, à un point tel qu’on peut finir par confondre ses romans. Quel autre roman en particulier mon amie avait pensé retrouver en lisant La traduction est une histoire d’amour? Il est fort possible que ce soit Le vieux chagrin, à cause notamment de l’ambiance générale (des chalets sur le bord du fleuve), de la présence marquée des chats, du personnage écrivain, de la relation troublante entre un homme d’âge mûr et une jeune fille, de la proximité des noms (Jim et Jack, Marika et Marine), d’un autre chapitre intitulé « Le paradis terrestre » et de la fin, puisque les romans se terminent de la même façon : l’adoption d’une jeune fille. Mais il y aurait de tels liens à faire avec d’autres romans (et ce ne sont là que les liens les plus évidents). En revanche, certains ont dit que La traduction se démarquait dans l’œuvre de Poulin en offrant un certain suspense, comme une trame policière. C’est oublier que, de Volkswagen blues à Chat sauvage, Poulin fait toujours reposer son intrigue sur la quête, par le narrateur, de quelqu’un qui lui est proche : le frère, le père ou encore une image de sœur comme dans La traduction. Dans Chat sauvage, en particulier, la quête devenait nettement une enquête du type de celle offerte par La traduction.

C’est aussi que Poulin fait du Poulin comme Duras faisait du Duras ou Beckett du Beckett : ce sont des écrivains qui ont développé, découvert, inventé un style, ce qui est toujours la marque d’un vrai écrivain. Cela n’impose pas une intrigue, mais à tout le moins un ton. C’est d’ailleurs Jack Waterman, le personnage écrivain de La traduction (personnage récurrent de l’œuvre), qui le dit : « On a du style quand on écrit bien, c’est-à-dire quand on se conforme à un modèle ! Avoir un style, c’est le contraire : on écrit à sa manière sans tenir compte des règles ! » Or, Jacques Poulin est certainement l’un des très rares écrivains québécois vivants dont on peut dire qu’il a un style. Alors que Poulin refasse du Poulin, comment pourrait-on sans plaindre ? Son lecteur lui en redemanderait plutôt.

La traduction n’est pourtant pas exempt de faiblesses. Le livre fait à peine 130 pages, ce qui est un peu mince. La qualité du roman s’en ressent : chaque chapitre est un véritable petit bijou de construction narrative, mais entre les chapitres, cela manque un peu de consistance. C’est peut-être pour cette raison que l’émotion est par moments moins fine que dans les romans précédents ; dans les derniers chapitres, on frôle vraiment le mélo. Aussi la qualité de ce roman me paraît-elle tenir essentiellement à ce qui le rattache aux romans précédents.

Publié le 24 septembre 2006 à 15 h 24 | Mis à jour le 24 septembre 2006 à 15 h 24