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Numéro 103

Felicia Mihali

LA REINE ET LE SOLDAT

XYZ, Montréal, 2005
261 pages
25 $

Nous sommes en 330 avant Jésus-Christ. Alexandre le Grand est en voie de conquérir l’Asie. Il vient de battre Darius et, ce dernier étant mort, il laisse à Suse, capitale de la Perse, la famille royale sous la garde de quelques troupes en garnison.

Parmi ces soldats se trouve un jeune Grec de condition modeste, Polystratus, qui a l’indécence de chercher à entrer en contact avec la reine mère, Sisyggambris. Il réussira, et entre eux naîtront des liens qu’aucun des deux n’aurait pu prédire. Ils sortiront même ensemble clandestinement de la ville pour voyager incognito vers l’est, sur la trace du grand Alexandre, ne retrouveront jamais celui-ci, deviendront amants, seront séparés par les aléas du voyage, se retrouveront… et finiront par s’établir en Grèce, dans la modeste demeure du soldat.

C’est la rencontre de deux cultures que nous raconte ici Felicia Mihali, Montréalaise d’origine roumaine, qui a fait des études en philologie classique et en histoire de l’art. Le Grec découvrira que les « barbares » sont plus raffinés qu’on ne le croit dans son pays. Quant à Sisyggambris, qui s’est laissé charmer par l’Iliade – qu’elle lit dans le texte – et par le discours des Grecs sur eux-mêmes, elle déchantera une fois installée dans un pays qui a la fâcheuse tendance à peindre de lui-même un portrait plus grand que nature (ce qui – et ce n’est pas innocent – n’est pas sans faire penser à la grande puissance conquérante de notre époque).

C’est aussi le cheminement d’une femme d’un certain âge habituée aux grandeurs de la noblesse, qui verra son fils tué par l’ennemi et son royaume réduit à l’état de territoire conquis, et se découvrira elle-même comme femme au fil des voyages et des rencontres.

L’auteure prend bien soin de nous signaler que son œuvre est purement fictive, et explique en quoi dans une note au lecteur. Toutefois, elle semble bien connaître l’histoire et les deux cultures en question, et elle a d’ailleurs la délicatesse d’émailler son texte de courtes notes en bas de page pour éclairer le lecteur en cas de besoin, sans toutefois l’assommer avec ces considérations.

L’exploration d’un monde peu connu et l’accompagnement d’une femme au destin peu commun dans son voyage intérieur font de ce livre une lecture intéressante.

Publié le 13 juin 2006 à 20 h 36 | Mis à jour le 13 juin 2006 à 20 h 36