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NUIT BLANCHE

Les personnes transsexuelles méritent le respect. Le reste de la société aussi.

Le transsexualisme a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années dans nos sociétés, d’une part parce que la médecine a fait des progrès tels que les chirurgies de réassignation sexuelle (ou de « confirmation de genre ») sont plus envisageables que jamais, et d’autre part parce que le militantisme en faveur du désaccouplement du sexe et du genre a connu une véritable explosion.

Ainsi, la lutte pour la reconnaissance des trans a fait tellement de chemin que dans bien des milieux, il suffit aujourd’hui de se déclarer homme ou femme pour avoir le droit d’être traité comme tel, sans avis professionnel d’un psychologue ou d’un médecin, et surtout sans égard à son appareil génital.

Notons d’abord que le travail de sensibilisation des dernières années a porté ses fruits : on est beaucoup plus au fait, aujourd’hui, du drame des personnes qui ont l’intime conviction d’être nées dans un corps ne correspondant pas à leur genre. Il ne s’agit donc de nier ni la réalité de ce qu’ils vivent, ni la nécessité d’aménager un monde qui leur fait une place : « Un redoublement de compréhension et de tolérance devrait compenser les injustices anciennes ». Toutefois, les transformations de la société qui sont proposées par les groupes LGBT ne sont pas sans poser des questions fondamentales, et devant ces questions, il ne suffira pas toujours de marteler les droits imprescriptibles des LGBT au mépris des vagues que les revendications qui y sont liées provoquent. La particularité de ce livre de Claude Habib, c’est de ne pas fermer les yeux sur ces conséquences.

Prenons cette idée comme quoi il suffit pour une personne de se déclarer femme, même si elle détient tous les attributs d’un homme, pour avoir le droit d’être considérée comme telle dans toutes les circonstances. En soi, on peut s’accommoder. Même si certaines personnes peuvent avoir du mal à s’habituer à parler au féminin d’une personne qui a une voix grave et porte une barbe, ce n’est pas la mer à boire. Mais que penser lorsque cette même femme trans bat toutes ses concurrentes dans des épreuves sportives à cause de sa musculature ? Que penser du malaise de celles qui voient entrer cette femme trans dans leurs toilettes, dans leurs quartiers d’une prison pour femmes ou dans un refuge de femmes battues ? Ces situations ne sont pas théoriques ; elles sont toutes survenues, et l’état actuel de la société et du droit tend à accorder toute liberté à ces femmes trans au mépris des craintes des autres femmes. Martina Navrátilová l’a appris à ses dépens, elle qui a protesté contre la participation des femmes trans aux épreuves sportives et qui l’a payé cher en étant conspuée sur les réseaux sociaux, ostracisée et abandonnée par son commanditaire.

Mais Mme Navrátilová fait partie de la « vieille » génération, elle ne peut déjà plus comprendre. Car la fluidité des genres est l’affaire des jeunes, qui portent l’arc-en-ciel en étendard et foncent tête baissée dans cette nouvelle vision d’un monde nouveau, affranchi de la binarité. D’où un autre problème soulevé par Mme Habib : quand on sait les angoisses et errances typiques de l’adolescence, que penser des chirurgies de changement de sexe qui sont pratiquées avant l’âge adulte ? On est ici bien au-delà du tatouage ou du piercing… Que penser des médecins et psychologues qui prescrivent des bloqueurs d’hormones à des enfants dès l’âge de quatre ou cinq ans en affirmant aux parents que c’est peut-être la tentative de suicide qui attend leur rejeton si on ne s’occupe pas de son cas dès maintenant ? Que penser, surtout, du mouvement LGBT qui refuse même de reconnaître le bien-fondé de ces questions en se contentant de traiter de transphobes les gens qui les posent ? Qu’il y ait des enfants de cinq, dix ou quinze ans qui vivent véritablement une dysphorie de genre, c’est dorénavant acquis. Mais est-ce qu’il faut pour autant croire sur parole tous les jeunes qui se déclarent transgenre, et est-il déraisonnable de s’interroger sur l’existence éventuelle d’un effet d’entraînement, surtout à un âge où le mal d’être est si fréquent et le besoin de conformité au groupe, si important ? (L’effet d’entraînement est observable statistiquement, de même que l’engouement pour la fluidité de genre chez les jeunes.) De façon plus générale, n’existerait-il pas un moyen de reconnaître la réalité des transgenres sans pour autant nier l’existence d’une donnée biologique aussi fondamentale que la binarité ?

Cet ouvrage alimentera efficacement la réflexion de tous ceux qui n’ont peur ni de remettre en question leurs a priori sur l’humanité, ni de se poser toutes les questions sociales qui s’ensuivent.

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