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Numéro 104

Michel Houellebecq

LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE

Fayard, Paris, 2005
485 pages
34,95 $

Un Houellebecq, ça ne laisse jamais indifférent. Qu’on fasse de La possibilité d’une île le roman « le plus con du monde », pur produit nihiliste exploitant la veine secte-technosciences-cul, ou qu’on encense l’intelligence de la stratégie d’écriture, la plume alerte, c’est souvent l’homme qui vient prendre la place de l’œuvre, comme il arrive souvent dans notre société du spectacle. Car nos critiques sont rarement nos lecteurs les plus subtils quand ils lisent.

Voilà donc cette fois un « récit de vie », celui de Daniel, accompagné par son chien Fox. Sentimental et meurtrier, kitsch et métaphysique, inspiré et ordinaire, notre humoriste de renom se multiplie en clones jusqu’à Daniel 24 et 25. Ceux-ci nous décrivent exhaustivement les « événements » ayant eu lieu au sein de l’Église élohimite et ayant conduit à la création de l’espèce néo-humaine avec la résurrection du prophète suivie de l’élaboration de la RGS (Rectification Génétique Standard), laquelle est rendue nécessaire pour remplacer chez l’humain sa déficiente nutrition animale par le système photosynthétique. Daniel 1,22 souligne d’ailleurs qu’il y a là une « coupure définitive entre les néo-humains et leurs ancêtres », c’est-à-dire nous.

À travers ce qui est ici considéré comme une mutation capitale de l’humanité, à savoir la naissance d’une religion, à travers donc l’expression de l’éternel fantasme de l’éternité de l’homme – le « trip » absolu des monothéistes -, ce sont la croyance et le semblant comme liants sociaux qui sont interrogés. Même des gestes aussi banaux que faire une pipe ou un cunnilingus exigent un tantinet de conviction. Entre maintenant et l’an 4000, la série des Daniel nous donne accès, via quelques longueurs bien senties, au refoulé de notre consumérisme via une narration virtuellement éternelle puisque les narrateurs se perpétuent au-delà de leurs commentaires.

On dit de Michel Houellebecq qu’il exploite le racisme anti-juif, anti-arabe, anti-blanc, le machisme, la pornographie, la prostitution, etc., etc. Et il a raison ! Cynisme ou réalisme ? L’un et l’autre sont désormais impossibles et peut-être inutiles. Que chacun vaque à son désir, qu’il confonde ce dernier avec sa jouissance, et on en arrive, lentement et très sûrement à Mais au diable l’autre ! De la perversion, du cash, ‘y a que ça qui vaille ! Do it ! On ne va quand même pas moraliser, allez, consommons !

Publié le 24 septembre 2006 à 13 h 50 | Mis à jour le 24 septembre 2006 à 13 h 50