Numéro 78

Martine Laffon, Ke Yang Tang

LA NUIT

Desclée de Brouwer/Presses littéraires et artistiques de Shanghai, Paris, 1999
124 pages
19,95 $

Deux éditeurs, l’un de Paris, l’autre de Shanghai, nous proposent une nouvelle collection, « Proches Lointains », qui se veut un point de rencontre entre la perception du monde et la sensibilité d’un auteur chinois et d’un auteur français sur des thèmes universels comme la nuit, la mort, la nature et le rêve.

La présentation, affichant un idéogramme chinois, est d’une belle élégance et invite à la lecture. Commençons par La nuit dont le thème a l’avantage d’échapper à une identification trop précise avec l’approche religieuse. La nuit, c’est la terre fertile de l’imaginaire ; elle est porteuse d’un mystère et d’un sens voilé que le jour libère. Tang Ke Yang l’aborde par le biais des légendes et l’évocation de la Chine ancienne où la noirceur des nuits sous l’empire de la lune, si populaire chez les poètes, cède progressivement la place à une lumière artificielle d’abord timide, jusqu’au flamboiement nocturne des villes contemporaines.

Les visions fantomatiques qui hantaient les nuits anciennes se sont aujourd’hui réfugiées au cinéma. Les films servent d’ailleurs de référence à deux reprises à l’auteur pour souligner la nature particulière de la nuit ; mais le fantastique fait aussi ressortir les aspects concrets de la vie chinoise aux temps où chaque village était replié sur lui-même.

À l’opposé, l’évocation de la nuit de Martine Laffon est plus littéraire. D’une écriture précise et imagée, elle nous élève progressivement vers une vision mystique, soulignant assez bien l’opposition déterminante entre la synthèse orientale taoïsme-confucianisme-bouddhisme et la vision chrétienne.

Cette opposition revient, plus tranchée cette fois, dans La mort de Tang Yi Jie et Xavier Le Pichon. L’auteur chinois raconte comment sa grande déception liée à l’échec de la révolution communiste a réorienté sa pensée vers les sagesses traditionnelles de son pays, lui donnant accès à « un état d’esprit lui permettant de dépasser l’idée même de la vie et de la mort », alors que pour Le Pichon « la compassion et la mémoire des morts sont deux réponses apportées par l’homme à la découverte de la souffrance et de la mort ». Son témoignage certes émouvant calque d’une façon très appliquée la doctrine chrétienne, alors que la recherche d’une concordance humaniste des grands courants de la pensée chinoise de Tang Yi Jie tend à apporter une réponse à des inquiétudes d’ordre philosophique et social.

Ces deux textes sur la mort tiennent plutôt du témoignage que de l’essai et marquent les limites de ce genre de rapprochements qui retombent facilement dans les lieux communs de chacune des cultures.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 18 janvier 2015 à 11 h 15