Numéro 83

Suzanne Lantagne

LA MARCHE

L'instant même, Québec, 2000
116 pages
14,95 $

La marche mérite pratique, mais aussi méditation. On l’honore en s’y adonnant des heures durant, mais aussi en lui consacrant de courts poèmes. Car la marche respecte l’être humain et ses rythmes et sait lentement épanouir l’amitié, l’amour et combien d’autres liens. Comme la marche peut être fuite hors de soi et retour à soi. De tout cela, Suzanne Lantagne est convaincue et sa conviction est communicative. D’où ses fréquentations de la marche.

L’automobile, qui abolit les distances, va trop vite pour que les deux êtres qu’elle emporte tissent des souvenirs communs et sauvent leur couple. La marche, elle, parvient plus souvent à ces résultats. Parfois, elle éloigne « de la ville et des gens » ; parfois, quand les pas succèdent aux pas, elle accepte d’être guidée par d’autres routes dont elle prend conscience ou non. Humble ou altière.

Suzanne Lantagne a tant marché, dans sa tête ou autrement, qu’elle attend beaucoup de la marche : presque la possibilité d’être ici et ailleurs, de se dire dans une langue et dans l’autre, d’être avec un amant et déjà à la recherche d’un plus jeune plus myope.

Livre intelligent, vif et tendre, incisif ou alangui. Madame Lagüe y meurt sans drame et la marcheuse qui passait par là peut ne garder d’elle que l’ombre d’un souvenir. Thoreau intervient pour suggérer de marcher vers l’ouest. À l’amant, la marcheuse peut dire : « Tu es beau et tu marches dans mon cœur comme dans la rue. Tu sortiras de mon coeur comme on change de trottoir. » Tout cela est dit selon le genre littéraire qui, à tel moment de la marche, transmet le mieux la pensée ou le coup de coeur. Le tout respire une liberté qui est peut-être la première exigence comme la première retombée de la marche.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 4 juin 2014 à 18 h 22