Numéro 104

Eric Dupont

LA LOGEUSE

Marchand de feuilles, Montréal, 2006
301 pages
23,95 $

Dans La logeuse, Eric Dupont fait preuve d’une agréable capacité à se jouer du réel. Rosa, jeune habitante de Notre-Dame-du-Cachalot, village où l’organisme gouvernemental MERDIQ poursuit une expérience socialiste, part de sa Gaspésie natale pour trouver les causes de l’arrêt catastrophique du vent, arrêt qui empêche l’élimination de l’Ennui, un gaz mortel. Un immense bigorneau rend un oracle : c’est à Montréal qu’elle pourra résoudre ce mystère. Dès son arrivée dans la métropole, Rosa se place sous l’aile de sa patriotiquement bornée logeuse, Jeanne Joyal, et de quelques travailleuses du sexe au grand cœur, Suvrant sous le nom des Arrières-petites-filles de Lénine, au grand bonheur de Rosa, adepte des thèses de Marx et de Luxemburg, dont elle reprend le prénom. Elle y fera l’expérience de la solitude, de l’amour, de la difficile rencontre de l’autre, et ce, à partir de deux points d’observation : le quartier Villeray où elle habite et l’hôtel de passe où elle travaille en tant que réceptionniste.

Raconté de façon drolatique – l’ironie y côtoie la naïveté -, le récit de cette émigration emprunte toutes les voies de traverse possibles, ce qui mène à de belles découvertes. Le premier chapitre, entre autres, est une véritable réussite dans l’art de décrire un imaginaire, d’autres passages sont par contre exaspérants, tels les deux chapitres centraux, marqués par des caricatures trop convenues. D’une écriture inégale, où l’humour fait souvent mouche, mais rate à l’occasion sa cible, La logeuse est avant tout la présentation d’une galerie de personnages ludiques et marginalisés. Eric Dupont brille à décrire en quelques traits l’originalité d’un personnage, sa position en porte-à-faux dans une société restreinte et étouffante. Il est toutefois moins efficace à élever ses critiques sociales au-delà des lieux communs si bien qu’une part de son récit enfonce des portes ouvertes, à propos du nationalisme, de la gauche caviar et des autres cibles de même acabit. Roman touffu et bariolé, où les liens sont parfois tirés par les cheveux, La logeuse laisse entrevoir de belles choses, notamment une imagination vive et joyeuse, sans que le plaisir de lecture soit constant.

Publié le 24 septembre 2006 à 12 h 47 | Mis à jour le 24 septembre 2006 à 12 h 47