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Michel Pleau

LA LENTEUR DU MONDE

David, Ottawa, 2007
56 pages
15 $

Sur la quatrième de couverture de La lenteur du monde, publié aux éditions David dans la collection « Voix intérieures », il est dit que Michel Pleau poursuit avec ce recueil sa quête de lumière. Le livre s’ouvre sur des exergues d’Anne Perrier et de Jean-Noël Pontbriand sur les thèmes de l’enfance et du devenir. Le poème liminaire établit une équation entre l’aube et l’enfance et annonce que « l’incendie de ce temps est commencé / et la mémoire déjà / ressemble au reflet d’un arbre / perdu dans la rivière ». Tout le recueil s’avère une plongée dans les souvenirs d’enfance, qui, comme les braises, ont emmagasiné une chaleur inouïe et n’attendent qu’un souffle pour s’enflammer.

Grâce à la mémoire, ce feu qui persiste malgré l’oubli, et aux mots, malgré leur insuffisance (« comment dire cela / cette lueur incertaine qui remonte »), l’enfance devient « ce lieu quelque part / retrouvé et habitable ». Le poète se souvient du confort dans les bras de sa mère, d’un dessin d’enfant et des premières amours (« j’aimerais revenir / au premier regard qui m’a sauvé »). D’une voix qu’il veut féconde, il avance tranquille jusqu’à lui, car, avec le recul, avec l’âge, il se rend compte que jamais il ne s’est autant approché de lui « qu’en cet instant où les doigts / dessinaient un monde neuf ». Vieillir serait alors un effort de tous les instants pour retrouver la fraîcheur de l’enfance, pour rester fidèle à l’être qui nous habitait dès le départ.

La lenteur du monde est un beau recueil, très cohérent et bien construit : il contient treize poèmes dont certains, notamment le poème éponyme, courent sur plusieurs pages. Fidèle à lui-même, Michel Pleau multiplie les perles et les belles images, qui versent cependant parfois dans la joliesse : « [O]n dit aussi que les fontaines / sont les fruits des petites filles qui pleurent / quand on éteint trop vite les lampes ». Tout se passe comme si Pleau creusait ce lieu commun exprimé notamment par Eugénio de Andrade dans À l’approche des eaux : « Plus je vieillis plus enfantine est la lumière / mais c’est elle qui m’accompagne ». Michel Pleau va très loin dans l’idéalisation de l’enfance ; curieusement, c’est ce pari qui limite son propos.

Publié le 20 mars 2008 à 14 h 35 | Mis à jour le 20 mars 2008 à 14 h 35