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Bernard-Henri Lévy

LA GUERRE SANS L’AIMER

JOURNAL D'UN ÉCRIVAIN AU CŒUR DU PRINTEMPS LIBYEN

Grasset
Grasset, Paris, 2011
648 pages
34,95 $

Le style ? Éblouissant. Le genre : journalisme, essai ? Tous et aucun. Le sens critique ? Carnassier pour autrui, inexistant pour le justicier. La vanité ? Océanique. La lucidité ? 20 sur 20 s’il s’agit d’aider les fabricants d’armes à brouiller les pistes, rongée de myopie devant les dommages collatéraux, l’ONU ou le choix des gouvernants. L’objectif ? Il est double : tisonner le conflit libyen et rappeler l’héroïsme personnel de l’auteur. En sus, une chronique axée sur les accointances entre un abonné du spectacle et un président français en mal de réélection.

N’attendons pas de ce livre une analyse du cas Kadhafi. Bernard-Henri Lévy s’est rendu en Libye avec, bétonnés d’avance, un verdict de culpabilité et une sentence de déboulonnage du régime. Deux ou trois jours en sol libyen ont servi non à vérifier quoi que ce soit, mais à choisir l’angle d’attaque. Cette majestueuse ignorance des faits, loin de gêner l’auteur, le comble de fierté : « Cette aventure, écrit-il, ce furent aussi des hommes et, avec ces hommes, des compagnonnages improbables […]. / Des Libyens au premier chef. / Des personnages dont, lorsque cette guerre commence, j’ignore jusqu’à l’existence ». Voilà pour le côté cour. Le côté jardin ne vaut pas mieux : « Et puis enfin, non moins improbable, une figure qui, par la force des choses, traverse ces pages : le président de la République française, promoteur et acteur de ce droit d’ingérence politique appliqué, Nicolas Sarkozy ». Le printemps libyen peut s’épanouir, puisque Bernard-Henri Lévy s’est employé à le susciter.

Que de questions escamotées ! Le droit d’ingérence ? Il est parfois invocable, mais jamais sans double examen et caution désintéressée. Précautions ici absentes. Respect des conventions ? Sarkozy dira aux Libyens cornaqués par Bernard-Henri Lévy : « […] pour pouvoir frapper, […] il a fallu prendre des libertés – que cela reste entre nous – avec la loi internationale ». Voilà donc le philosophe-journaliste-diplomate devenu le tolérant confesseur du prince. De quoi s’éloigner de certaines guerres.

Publié le 2 avril 2015 à 15 h 16 | Mis à jour le 2 avril 2015 à 15 h 16