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Numéro 105

Lucien X. Polastron

LA GRANDE NUMÉRISATION

Y A-T-IL UNE PENSÉE APRÈS LE PAPIER ?

Denoël, Paris, 2006
198 pages
31,95 $

Un plaidoyer cinglant contre les entreprises qui procèdent au marchandage du livre sur la « toile » : voilà ce que propose Lucien X. Polastron dans son essai La grande numérisation, Y a-t-il une pensée après le papier ? Nombre de statistiques, de faits, de points plutôt positifs à l’égard de la numérisation des livres, et d’autres plus négatifs – relatifs, ceux-ci, au « monnayage » de la lecture en ligne –, construisent l’ensemble de cet ouvrage au ton caustique rarement modéré. L’auteur s’adresse visiblement à un lectorat précis, français de préférence, déjà à l’affût du contexte qui entoure les bibliothèques d’aujourd’hui. Une bonne connaissance de l’informatique de même que de la querelle entre les tenants de la numérisation et leurs opposants facilite la compréhension du débat, étant donné que la plupart des assertions ont à voir, de près ou de loin, avec les grands géants du domaine de l’informatique, à savoir Google et ses compétiteurs.

Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici d’un ouvrage de réflexion qui se propose de dresser un portrait des enjeux pour et contre la « pensée » d’une telle numérisation du savoir. Pas de discours philosophique ou sociologique n’est à anticiper. Au plus le lecteur a-t-il accès à quelques faits historiques concernant la désuétude actuelle des bibliothèques. Nous sommes donc loin d’une réflexion sur la littérature elle-même. L’invitation lancée sous la forme d’une interrogation en quatrième page de couverture – « […] la littérature est-elle réellement menacée ? Risque-t-on l’appauvrissement des ressources culturelles mises à la disposition de chacun ? » – n’est pas tout à fait représentative du contenu de l’essai. Certes, nous avons droit à un tableau précis des faits techniques – batailles entre deux camps –, mais peu de place est accordée au questionnement philosophique que peut provoquer un tel changement, voire le bouleversement complet d’une société. On doit néanmoins concéder à l’auteur que son écriture directe et concise situe sans équivoque le destinataire dans ce conflit que constitue la numérisation du savoir. Et, au dire de l’auteur, le débat « numérique » ne fait que commencer, car « elle est culturelle, la prochaine révolution ».

 

Publié le 26 novembre 2006 à 12 h 09 | Mis à jour le 6 février 2015 à 15 h 32