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Daniel Baril

LA GRANDE ILLUSION

COMMENT LA SÉLECTION NATURELLE A CRÉÉ L'IDÉE DE DIEU

MultiMondes, Québec, 2006
117 pages
24,95 $

Dieu est probablement le sujet le plus controversé qui soit. L’anthropologue et journaliste Daniel Baril s’y attaque avec bonheur dans un court mais passionnant essai, qui se lit crayon en main tant les arguments avancés captiveront les lecteurs avides de réflexion sur la présence encore marquée de la religion dans nos vies.

C’est d’ailleurs sur le constat de cette réalité que Daniel Baril débute son ouvrage. Contrairement à ce qu’on aurait pu s’attendre de l’avancée de la science et de la raison, la religion fait toujours des progrès dans le monde, y compris dans les pays développés, notamment aux États-Unis. Comment expliquer le paradoxe que constitue le fait qu’à peine 10 % des citoyens des sociétés modernes se disent véritablement incroyants ?

L’auteur ne semble guère s’en étonner. Dans un style analytique et non « moralisant », comme on aurait pu s’y attendre de ce militant laïque bien connu, Daniel Baril présente la religion comme une extension « des lois biologiques observables et qui maximisent les chances de survie et de reproduction de l’individu ».

L’auteur donne l’exemple de l’altruisme et du pardon. Loin d’être des valeurs morales « extérieures » qui s’imposent à l’humain, ces comportements répondent à un besoin de relations sociales tout aussi fondamental que celui de boire et de manger. L’altruisme et le pardon découlent d’une nécessité de survie collective ; mais dévolues à la sphère religieuse, ces valeurs attestent (faussement) chez les humains de l’existence d’un être de l’au-delà.

Idem pour le rituel religieux. Celui-ci, par son aspect rigide et contraignant, permet de « décourager les tricheurs », de renforcer la coopération et la cohésion au sein du groupe.

Nous « produisons » donc de la religion, entre autres pour nous rendre la vie plus facile devant les obstacles et les épreuves de la vie. « La religion apparaît ainsi comme un épiphénomène de nos habiletés retenues par la sélection naturelle pour leurs valeurs adaptives liées à la vie en groupe », écrit l’auteur.

L’ouvrage contient un chapitre passionnant expliquant pourquoi, selon les études, les femmes sont davantage portées à croire que les hommes. Là encore, Baril explique cette réalité propre au genre féminin comme une manifestation culturelle logique liée notamment à sa fonction de reproduction et à l’investissement maternel que nécessite le nouveau-né.

Publié le 10 mars 2007 à 8 h 38 | Mis à jour le 31 octobre 2014 à 12 h 27