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Numéro 106

Jean D'Ormesson

LA CRÉATION DU MONDE

Robert Laffont, Paris, 2006
211 pages
27,95 $

Quatre amis sont réunis en vacances dans une île de la Méditerranée pour huit jours. L’un d’eux, Edgar, apporte avec lui un manuscrit dont il souhaite partager la lecture avec ses fidèles compagnons. Débute alors une plongée dans le monde du rêve, dont le résultat est un songe mis en mots, celui de Simon Laquedem. Et s’il ne s’agissait pas d’un rêve ? Si le monde de la réalité, comme le pressentait Shakespeare il y a quelques siècles, représentait le rêve et que le rêve s’avérait être la réalité ? Si la création du monde était expliquée dans un songe ? Qu’en ferions-nous ? Serions-nous prêts à en connaître les contours et à en suivre l’évolution ? Au fil des jours, les quatre amis lisent les pages du manuscrit à tour de rôle et se trouvent confrontés à une multitude de conceptions et de questionnements philosophiques, historiques et religieux. Comment séparer la vérité de la fabulation ? Simon Laquedem a-t-il véritablement eu une conversation avec Dieu ? Cela paraît improbable, mais un doute demeure.

Jean d’Ormesson, fidèle à ses habitudes d’écrivain, explore dans son roman un univers fantasmagorique au sein duquel réalité et fiction se confondent presque. Les références littéraires y sont multiples, ce qui donne de la densité à l’œuvre et permet au lecteur d’exercer ses connaissances. Intelligent et structuré, le récit se lit d’un trait. On voudra connaître le point d’aboutissement de ce songe qui met en scène « la Création » selon Dieu. Par ailleurs, l’habileté de l’auteur à établir des parallèles entre la pensée de certains grands philosophes de l’Histoire (notamment Platon, saint Augustin ou Spinoza) est manifeste. « À l’origine, l’avenir est tout et le passé n’est rien. À la fin, il n’y aura plus d’avenir et le passé sera tout » : de tels propos colorent le songe de Simon Laquedem et par ricochet nourrissent l’intérêt du lecteur. Bref, il s’agit ici d’un livre savant qui, par sa trame narrative légère – nous sommes en présence d’un rêve -, met au premier plan des réflexions sérieuses. Insistant sur la mince ligne qui sépare réalité et fiction, la fin du roman surprendra le lecteur et le conduira au-delà du rêve de Simon Laquedem, tout en le forçant à poursuivre son cheminement entre réalité et fiction.

Publié le 10 mars 2007 à 12 h 22 | Mis à jour le 10 mars 2007 à 12 h 22