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Tana French

LA COUR DES SECRETS

Trad. de l’anglais par François Thibaux
Calmann-Lévy, Paris, 2015
522 pages
32,95 $

L’Italo-Américaine Tana French vit en Irlande et marche résolument dans les pas des grandes auteures britanniques de romans policiers, telle la toujours regrettée Agatha Christie. Acclamée par la critique internationale dès ses débuts en 2007, la romancière sait allier le suspense d’un thriller à une fine analyse psychologique des personnages. Sa première œuvre, La mort dans les bois, a remporté le prix Edgar-Allan-Poe 2008, entre autres récompenses prestigieuses. Ses trois romans suivants ont confirmé ses habiletés d’écrivaine.

Dans La cour des secrets, l’enquête policière se déroule dans un pensionnat pour jeunes filles, sur une période de 24 heures, et fait suite au meurtre non résolu d’un étudiant du collège voisin.Quel méfait a commis le jeune homme pour s’attirer une aussi brutale vengeance ? French a elle-même étudié au Trinity College de Dublin et elle raconte avec finesse l’ambiance des écoles privées où évoluent les protagonistes. A-t-elle aussi connu les pensionnats dirigés par des religieuses catholiques pour recréer avec autant de talent leur lourde atmosphère de suspicion, de manipulation et de mensonges ?

L’auteure privilégie ici une unité de lieu, d’action et de temps, une structure classique, à un détail près. Si l’investigation menant à la découverte du coupable a lieu en une seule journée, le récit est par contre constitué de nombreux retours en arrière ; ils permettent de comprendre ce qui s’est passé au couvent entre la nuit de la mort de Chris et le jour de l’interrogatoire. La victime a été retrouvée dans les jardins de l’internat féminin de Sainte-Kilda, et les soupçons portent sur deux petits groupes rivaux, huit adolescentes au total, qui se détestent, s’épient et se calomnient les unes les autres. Elles proviennent de familles riches, au contraire des policiers issus de milieux ouvriers, et les deux mondes s’affrontent. « Son accent me frappa : huppé, mais sans les affreuses intonations snobinardes des beaux quartiers. »

Cette jeunesse dorée manipule autant ses parents que ses éducatrices. Elle séduit et est séduite par ses jeunes voisins qu’elle rencontre au centre commercial ou « au match de rugby des mecs de Colm ». Comment faire parler ces enfants indifférents au monde des adultes et dont le silence est la plus grande preuve de solidarité avec le groupe ?

Malgré l’aspect parfois caricatural de l’histoire, dont des mésaventures tirées par les cheveux, le roman n’est pas du genre chick lit, mais plutôt un véritable thriller fort bien construit. La très douée Tana French est une auteure à suivre de près.

Publié le 27 juin 2016 à 11 h 35 | Mis à jour le 7 juillet 2016 à 14 h 32