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Pierre-Yves Boily

L’URGENCE DE LA TENDRESSE

VLB, Montréal, 2000
138 pages
16,95 $

Le titre et, dans son prolongement, la question en quatrième de couverture ‘ « Mais comment accomplir, collectivement, le passage à la tendresse ? » ‘ peuvent laisser croire que l’essai explore les facettes de la tendresse comme antidote à la violence. Pourtant, c’est de violence dont il est surtout question, en dépit de l’affirmation mainte fois répétée que la tendresse s’avère une nécessité pour le genre humain. Pierre-Yves Boily analyse le processus de la violence. Il insiste sur les similitudes de structure entre les petites et les grandes violences, celles que l’on subit et celles que l’on inflige, dans la vie privée mais aussi dans l’organisation du travail, les organisations sociales, politiques et économiques, tant à l’échelle mondiale que nationale. Il cerne à bon escient les facteurs de violence et les problèmes qui y sont reliés, identifie les « cataplasmes » mis de l’avant pour y remédier et met en garde contre les pseudo-arguments des pseudo-spécialistes qui ne font que masquer les visages de la violence et réduisent tout un chacun à l’impuissance. Mais dans l’ensemble, l’analyse, pour vouloir trop embrasser, manque de profondeur et rapproche cet essai des ouvrages populaires de psychologie. Aussi, plus on avance dans la lecture, moins on s’attend à un point de vue original. Les derniers chapitres laissent le lecteur sur sa faim. La précaution de l’auteur qui semble anticiper la déception de ce dernier ne convainc pas. Qu’il veuille « apprivoiser les pistes de la tendresse plutôt que de dégager des recettes applicables à des problèmes violents particuliers », soit ! Mais encore faudrait-il explorer ces pistes, analyser les mécanismes de la tendresse comme ce fut le cas pour la violence. D’ailleurs, le mot de la fin invalide en quelque sorte le propos de Boily, comme si lui-même ne croyait plus réalisables les règlements de conflit selon l’option de la tendresse rentable réduite à un vague souhait : « Souriez ! Un jour, peut-être, nous nous aimerons. » Convenons tout de même qu’il a le mérite de poser des jalons de réflexion susceptibles d’entraîner le lecteur à désirer le meilleur de demain pour qu’il devienne possible, grâce à sa créativité, puisque c’est bien d’un appel à la créativité dont il s’agit.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21