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Laurent Ducastel, Pierre Péan

JEAN MOULIN, L’ULTIME MYSTÈRE

Albin Michel, Paris, 2015
469 pages
32,95 $

Parler d’un « ultime mystère » à propos de Jean Moulin est peut-être prématuré, mais il est indéniable qu’à défaut de liquider le dernier doute au sujet du personnage, Pierre Péan et Laurent Ducastel le circonscrivent efficacement. Malgré sa stature dans l’imaginaire français, Jean Moulin demeure une gloire dont certains préfèrent affadir l’auréole aujourd’hui encore.

L’entrée en scène de Moulin s’effectue dans la controverse. Quittant la France occupée, le jeune homme parvient à Londres et y reçoit l’adoubement du général de Gaulle. « Moulin était en effet revenu de Londres avec des ordres rigoureux, notamment concernant la séparation, au sein des mouvements de résistance, des activités paramilitaires des autres actions. » Que les ukases gaulliens aient indisposé plusieurs chefs du maquis, on le comprend ; qu’on en fasse expier la désinvolture à Moulin, c’est un raccourci. Les conséquences en seront dramatiques et durables, car Roosevelt, allergique à de Gaulle, endossa volontiers la susceptibilité des maquisards choqués de n’avoir pas été consultés.

Sur ces turbulences en altitude politico-militaire, Péan et Ducastel greffent le redoutable arsenal de la Gestapo. Torture, chantage, dénonciations, liquidation d’otages, toutes les pressions imaginables s’exercent contre la Résistance. Moulin, bien que de tempérament casanier, commet des imprudences qu’exploite un maquisard que la Gestapo a brisé en menaçant la compagne. Capturé et torturé, Moulin se suicide sans avoir parlé. Le mystère persiste : qui a trahi ? L’enquête évacue les derniers doutes et le traître est traduit en cour. Pourquoi a-t-il échappé quand même au châtiment ? Tel est l’ultime mystère. « La récupération politique de la mémoire de Jean Moulin par les communistes battait son plein. En donnant pendant longtemps une image très à gauche, voire carrément ‘rouge’, loin de la réalité, cette récupération allait probablement contribuer à empêcher que toute la lumière soit faite sur sa mort, tant l’appropriation de la Résistance était alors devenue un enjeu de la politique française. » La poursuite visant René Hardy se termine à son avantage : « Le procès Hardy n’avait finalement été qu’un procès politique. […] Les militaires, notamment, avaient fait bloc derrière Combat et Hardy ».

En conclusion, Péan et Ducastel lancent une dernière brique dans la mare : en faisant récemment entrer au Panthéon les cendres de Pierre Brossolette, grand rival de Jean Moulin dans la Résistance, François Hollande s’est permis « un grave détournement de sens de la Journée de la Résistance ». « Et, comme si ce détournement ne suffisait pas, le président de la République a réussi à ne pas citer une seule fois le nom de Jean Moulin ! » Après plus de 70 ans…

Publié le 7 juillet 2016 à 11 h 35 | Mis à jour le 7 juillet 2016 à 14 h 39