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Marine Buissonnière, Sophie Delaunay

JE REGRETTE D’ÊTRE NÉ LÀ-BAS

CORÉE DU NORD : L'ENFER ET L'EXIL

Robert Laffont, Paris, 2005
192 pages
31,95 $

La Corée du Nord est apparue subitement dans l’actualité internationale ces dernières années à cause de deux « tares » majeures : la famine qui a miné ce pays à la fin de la décennie 1990 et sa participation à l’« axe du diable » évoquée par le président Bush, qui l’a accusée d’être un État terroriste comme l’Irak et l’Iran. Le dirigeant coréen Kim Il-Sung, qui a succédé à son père, n’a en effet jamais caché sa volonté de se doter d’armes nucléaires.

Toutefois, sauf à travers de rares reportages épars, peu nous est connu de ce régime politique, souvent qualifié de pire de la planète. Le système prône l’autarcie totale, autant sur le plan économique que politique, ce qui entraîne une fermeture complète aux idées autres que celles, démentielles, de son leader vautré dans la cupidité ; la Corée du Nord fait donc vivre à ses citoyens un mensonge permanent, que seule l’émigration clandestine permet de décanter.

C’est le récit de l’exil forcé de trois jeunes citoyens que nous livrent ici Marine Buissonnière et Sophie Delaunay, militantes de Médecins sans frontières. À travers l’histoire de vie de ces adolescents fougueux, poussés par la faim à aller voir au-delà des frontières de leur pays, on est témoin de l’esclavage idéologique de tout un peuple, mais aussi de son appauvrissement vertigineux. « [ ] les membres du Parti sont les seuls à pouvoir mener une vie décente. Nos bouches sont bâillonnées et nos voix ignorées. La Corée du Nord est une prison dont les prisonniers sont trop faibles pour se révolter. »

Les trois cas rapportés témoignent de la cruauté du régime, ils sont impitoyables envers la Corée du Nord, et durs aussi envers la Chine, qui se montre peu accueillante aux réfugiés de la faim. Une fois parvenus en Corée du Sud, la destination qui représente l’espoir d’une vie plus digne, les exilés connaissent certes une existence plus facile matériellement, mais leur combat n’est pas gagné, loin s’en faut. À comparer leurs qualifications avec celles de leur pays d’adoption, les jeunes adultes constatent, amèrement, qu’elles ne dépassent pas celles d’un enfant de huit ans.

Publié le 1 juin 2005 à 16 h 58 | Mis à jour le 10 novembre 2014 à 10 h 21