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Numéro 91

Sylvain Houde

ILS IRONT AU FIRMAMENT

L'Effet pourpre, Montréal, 2002
198 pages
19,95 $

Voici un récit de l’ère informatique, réticule tissé par un narrateur inscrivant en miroir ses gestes et ses outils à même le texte : « Cliquez Zap », « Zoom in », « Reconnexion », mais aussi « Cliquez Maintenant, rue Mont-Royal, désertée par les lesbiennes militantes activistes » ou encore « Premier mouvement du tango des illusions ». En fait, on voit combien le procédé eut été facile si Sylvain Houde s’en était tenu à la simple dénotation, sans faire signifier l’aspect mécanique de l’invariant. Il n’en est rien ­ et ce, même si la répétition finit par perdre de son efficacité. Au fond, le clic vient signer en creux l’allégorie tels les embrayeurs des griots africains ou des poètes déparleurs des Antilles. Onomatopée marquant le discours et reliant les protagonistes autrement absents les uns aux autres, elle ouvre aux jeunes adultes en mal de sens qui se côtoient dans la jungle vide du postmoderne une motivation à élaborer.

Histoire de murs : la vie plate plate plate de jeunes adultes hyper-fragiles surfant entre la baise, le travail, la beuverie et le néant. Il leur arrive de se rencontrer « sous vide » et d’imaginer que quelque chose ­ quoi ? God knows ! ­ pourrait arriver. Ils sont on ne peut plus typés : le beau gringo, Jérémy le Black, Matthew flippant pour Monica-la-mitraille, Didier l’androgyne « junkie de gymnase », Maggie folle de célébrité, Martine qui ne dédaigne pas les kits de soubrette et les menottes, Constant qui bande bien en menottant Martine, une belle génération-spectacle sans parole, hantée par le travail mort. On peut lire ce roman comme un précis de décomposition campé côté Quartier latin, bcbg. Pas de sourire bouddhiste, pas non plus d’énergie, que du toc, de l’artificiel. À croire que ça ne parle plus, que ça ne répond plus. Il me souvient d’un philosophe qui, s’intéressant aux conditions de signification d’une phrase, proposait que ce dont on ne pouvait parler, il fallait le taire. Or dans ce monde de la nov-langue, on ne parle plus que pour rien dire. Conclusion : ce dont on ne peut rien dire, il faut le parler. Sera-t-on surpris que la Vérité de la femme et le Mensonge de l’homme, exposés dans toutes les vitrines, exposent leur différend sur le fil de la lame de rasoir de la production ? Comment en vient-on à jouir là, tout de suite, sans désir ?

Publié le 4 août 2003 à 17 h 14 | Mis à jour le 4 août 2003 à 17 h 14