Tecia Werbowski

ICH BIN PRAGER

Trad. du polonais par Élisabeth Van Wilder
Les Allusifs, Montréal, 2003
109 pages
14,95 $

Après Prague, hier et toujours (Les Allusifs, 2001) et le délicieux conte Minou à Prague paru aux éditions du Lilas au printemps 2003, Tecia Werbowski convie à nouveau ses lecteurs, avec Ich bien Prager (Je suis praguois), à traverser les ponts sur la Vltava et à bavarder dans les cafés de la capitale tchèque. Cette fois, cependant, et pour la première fois dans l’œuvre de l’écrivaine, nous suivons le parcours d’un homme. Alexander Bell, surnommé Sacha, est russe par sa mère qui a fui la répression communiste. Sacha, quant à lui, refera le chemin inverse. Terrassé par les morts consécutives de son jumeau identique et de ses parents, Sacha accepte un contrat d’un an pour enseigner l’anglais à l’Université Charles de Prague. « J’ai pris la décision délibérée, égoïste, calculée d’embrasser cette aventure nouvelle, de tomber amoureux de cette ville. »

Trente ans plus tard, c’est encore devant sa fenêtre de la rue Vratislavova qu’il repense à tout ce que ces décennies ont transformé, à tous ceux qui ont croisé son parcours : son ex-épouse Alena partie vivre en Angleterre après le Printemps de Prague en 1968 ; Mary et Alan Stearns, de riches Américains fuyant le maccarthysme ; Janek, l’ami polonais ; le professeur Petr et ses histoires d’amour ; les Kraus et surtout Jana, la musicienne qui n’a plus le droit de donner des concerts ; Jan, du Bureau de la Sécurité, que Sacha surprend à Londres après la Révolution de velours ; et Jarda, l’ami musicien, qui pose un regard un peu désabusé sur cette Prague qu’il refuse de quitter : « […] nous avons combattu pour la démocratie, et nous avons le capitalisme ». À l’instar de Kennedy qui, après la guerre froide, lança son fameux « Ich bin ein Berliner » (Je suis un Berlinois) lors de sa visite dans la ville encore séparée par un mur, Sacha peut affirmer encore plus fortement « Ich bin Prager ».

Très ancré dans l’histoire sociale et politique, ce sixième roman de Tecia Werbowski s’attarde davantage sur la simple fraternité humaine. Y est dépeinte avec justesse l’atmosphère particulière de la vie quotidienne à Prague, belle et immuable en dépit des excès des régimes politiques qui se suivent et finissent par se ressembler.

Publié le 11 décembre 2003 à 14 h 22 | Mis à jour le 1 février 2015 à 8 h 19