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NUIT BLANCHE

Il n’est pas toujours aisé de se faire face, d’accepter qui on est, voire d’accepter de le découvrir. L’hésitation, le refus de voir, le sentiment que le chemin qui se présente n’est pas le bon, même s’il l’est, sont autant d’émotions, d’idées et d’intuitions qui bousculent Icare et le déstabilisent.

Ce roman versifié, écrit au présent, raconte la rencontre d’Icare avec un jeune homme dont on ne saura pas le nom, ni grand-chose. Mais si les faits demeurent anecdotiques, les émotions, elles, animent ce qui pourrait être le journal intime d’Icare.

Icare est un jeune homme tout ce qu’il y a de conforme à la norme de l’hétérosexualité, du moins tel qu’il se voit, sans même réfléchir à ce que cela signifie. Alors quand il « le » rencontre, il ne pense ressentir que de l’amitié. Une belle complicité. Un vrai ami avec qui on partage tout : « Nous étions désormais liés / je le savais / tu le savais aussi / nous étions désormais soudés ». « Lui » semble heureux de cette situation, bien que le lecteur ne le perçoive qu’à travers les confidences d’Icare.

Le temps file, les rencontres se déroulent dans différents lieux et les deux partagent leur amour pour les arts. Aucune ombre au tableau : « t’étais beau / t’étais là / sur cette plage / avec moi / tout seul avec moi / c’était le printemps / c’était désert / c’était parfait ». Mais chacun a sa chambre : pour Icare, cela va de soi, bien qu’il aurait aimé partager la même chambre que « Lui » pour « passer la nuit / à te parler ».

L’ambiguïté des sentiments d’Icare ne fait que croître au fil du temps sans que jamais il n’exprime le besoin d’y faire face. L’important pour lui, c’est la profondeur et la richesse de cette amitié qui connaît quelques soubresauts, mais se rétablit toujours, même s’ils ont des relations avec d’autres, Icare avec une femme et « Lui » avec un homme, relations qui ne dureront pas. Icare tourne en rond dans le labyrinthe affectif qu’il s’est imaginé et qui est représenté par son appartement dans lequel « Lui » n’a jamais pu entrer parce qu’il « était complètement compartimenté ». À cela s’ajoutent le problème de santé mentale et la dépendance d’Icare au « stuff », signes s’il en est de son inconfort.

Là est le vol d’Icare qui imagine cette amitié et la croit immortelle jusqu’au jour où, au sommet de son envol, il se rend compte qu’elle n’est autre que de l’amour, et que la sensualité qu’il ressent quand il est avec « Lui », qui émane de chacune de leurs rencontres, n’est autre qu’une pulsion sexuelle. Alors il décide d’avouer son amour au moment même où son ami lui annonce : « c’est fini / c’est la dernière fois qu’on se voit », un texte où la parole est donnée à « Lui ». Ce sera la chute et les derniers mots du recueil appartiendront à « Lui ».

Icare saisit simplement et sans artifice les nuances et la complexité de l’âme humaine quand se pose la question fondamentale de qui on est, et l’exprime par la musicalité des vers. Gionet est avant tout un pianiste de renommée internationale et nulle surprise que le compositeur torontois Adam Sherkin ait écrit une cantate pour voix et piano sur le premier chapitre.

 

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