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Numéro 123

Jacqueline Blay

HISTOIRE DU MANITOBA FRANÇAIS

T. I, SOUS LE CIEL DE LA PRAIRIE, DES DÉBUTS JUSQU'À 1870

Du Blé, Saint-Boniface, 2010
361 pages
34,95 $

Ancienne présidente de la Société historique de Saint-Boniface et de la Maison Gabrielle-Roy, Jacqueline Blay avait déjà fait paraître en 1987 un livre injustement méconnu sur les difficultés de faire reconnaître le caractère officiel du français au Manitoba: L’article 23, Les péripéties législatives et juridiques du fait français au Manitoba, 1870-1986 (Du Blé). Elle vient de publier le premier tome de son Histoire du Manitoba français. Je croyais qu’il existait déjà dans notre langue plusieurs ouvrages sur ce sujet, mais ce n’est pas le cas.

Dans ce premier tome sous-titré Sous le ciel de la Prairie, des débuts jusqu’à 1870, Jacqueline Blay raconte les premières explorations faites par Pierre-Esprit Radisson dès 1659, à la recherche d’une hypothétique « mer de l’Ouest ». Rapidement, la Compagnie de la Baie d’Hudson servit de pivot à une nouvelle économie axée sur la traite des fourrures; en réalité, l’institution gérait également toute la vie « sociale, scolaire et même politique » de la région. Au XIXe siècle, le diocèse de Saint-Boniface était immense et couvrait un territoire de 1520 milles de long sur 1300 milles de profondeur. Les oblats et les sœurs grises ont dynamisé la vie sociale manitobaine. On comprend qu’à l’origine ce lieu était une sorte de rêve d’une province où vivraient ensemble francophones, anglophones, autochtones et Métis. Officiellement, le Manitoba passera du statut de « territoire » à celui de province canadienne trois ans après la Confédération de 1867. Reproduite en fac-similé, une « Liste des Droits » résume en une page les revendications du « peuple de la Terre de Rupert et du Nord-Ouest » pour entrer dans la Confédération canadienne. Le premier tome se termine au moment où Louis Riel (1844-1885) dirige l’ancienne colonie de la Rivière-rouge, sans que quiconque se doute de ce que sera son destin tragique. C’est d’ailleurs lui qui avait suggéré en 1870 le nom définitif de sa province ; le mot « Manitoba » signifie: « le Dieu qui parle ».

On nous annonce quatre autres tomes à paraître. Jacqueline Blay a entrepris une somme importante, très bien documentée, écrite dans un style vivant, jamais moralisateur ni revanchard. Beaucoup de lettres d’époque et d’extraits de monographies anciennes sont cités, dont l’Esquisse sur le Nord-Ouest (1869) de Mgr Taché. Cette Histoire du Manitoba français sera indispensable à toutes les bibliothèques publiques.

Publié le 25 juin 2011 à 12 h 08 | Mis à jour le 18 novembre 2014 à 10 h 17