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Numéro 105

Clara Ness

GENÈSE DE L’OUBLI

XYZ, Montréal, 2006
116 pages
20 $

Après Ainsi font-elles toutes, Clara Ness propose Genèse de l’oubli, un récit sur les souvenirs que l’on cherche à laisser derrière soi afin de s’en affranchir. Dans ce court roman au beau titre antithétique, Hadrien et Ariane cherchent à se constituer un nouvel habitacle pour rompre le fil d’un passé chargé. Hadrien partage avec son ancêtre romain un goût pour la protection ; alors que ce roi a fait fortifier l’empire, le personnage de Clara Ness se blottit dans son taxi, véritable refuge d’où il tente d’échapper à son passé et à l’emprise de sa famille. Émigré à Québec, ce Français anéanti par la carrière théâtrale de son père cherche à se libérer des ambitions placées en lui. Il rencontre alors Ariane dans un salon de massage et leur relation professionnelle se mue en vie conjugale. Ariane, quant à elle, devient comédienne après avoir fui une famille typique de la banlieue québécoise.

Personnages blessés, meurtris par des familles envahissantes, chargés de souvenirs qu’ils cherchent à enterrer, Hadrien et Ariane vivent leur relation dans un certain mutisme porté par des tabous. Narré selon les perspectives successives d’Hadrien puis d’Ariane, ce roman d’une prose simple et musicale laisse percevoir le désarroi des protagonistes. L’enjeu consiste ici à laisser planer le doute sur les causes de la rupture d’avec l’origine. Or, le roman s’arrête au seuil du drame, sans franchir les vestiges de la mémoire, ni imposer une confrontation avec le passé. Autant Hadrien et Ariane doivent affronter les membres de leur lignée, autant ils demeurent emmurés dans cette position de refuge, en retrait de leur vie, inaptes à faire le deuil de ce passé. Une telle mise en retrait du monde pourrait découler des actions des personnages, mais il semble que c’est plutôt la narration, dans sa fin abrupte, qui empêche cette confrontation réelle avec l’origine. Le récit en apparaît tronqué, il n’atteint pas ses promesses. La prose lisse et coulante de Clara Ness ne parvient pas à faire résonner cette genèse de l’oubli ; c’est d’autant plus dommage que tout semblait en place pour y parvenir.

Publié le 26 novembre 2006 à 21 h 55 | Mis à jour le 26 novembre 2006 à 21 h 55