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Gabrielle Roy en revue

Sous la direction de Lori Saint-Martin

GABRIELLE ROY EN REVUE

Presses de l’Université du Québec/Voix et images, Québec/Montréal, 2011
210 pages
20 $

À elle seule, la provenance des textes établit la pertinence du projet ; Gabrielle Roy est lue, étudiée, interprétée de Montréal à Calgary, de Toronto à Aix-en-Provence. Les angles d’approche témoignent, pour leur part, de la richesse des textes offerts à l’analyse. Tel qui s’intéresse à la ville trouve ici son compte, tel qui se demande s’il convient d’offrir aux jeunes une littérature particulière connaîtra ici l’opinion de Gabrielle Roy. Les dates de parution des différents textes dans Voix et images sont également révélatrices ; les années passent, l’intérêt demeure.

Ce qui a trait à la femme retient forcément l’attention. Qu’elles soient mères, amoureuses, enseignantes, journalistes, les femmes de Gabrielle Roy portent haut la conscience de leurs responsabilités. Leurs devoirs sont souvent austères, lourds et même écrasants, mais jamais ne fait défaut l’amour que leur porte l’auteure. Les divers rôles féminins décrits par Gabrielle Roy ne répondent pas tous à la même attente, mais chaque femme, même humiliée, mérite et reçoit respect. Dans cet univers, la maternité constitue la vocation la plus naturelle. La femme qui, comme l’auteure, s’écarte de cette voie royale se doit à elle-même d’assumer des missions apparentées. L’enseignante, dans cet esprit, prend en charge des âmes. Cela, pourtant, ne suffit pas toujours. Gabrielle Roy, plusieurs de ses analystes l’ont souligné, accorde alors à la création une dignité comparable à la fécondité maternelle : celle qui accouche d’une œuvre littéraire n’a pas démérité. Suffisamment d’analyses convergent vers cette perception pour qu’on puisse y lire la hiérarchie des vocations propre à Gabrielle Roy.

Comme dans tout collectif, tout n’est pas de la même eau. Les grands professionnels de la lucidité culturelle ressortent du lot : André Brochu, Gilles Marcotte, Jacques Brault ont tôt fait de rattacher Gabrielle Roy aux grands enjeux littéraires et d’en éclairer les particularités. Plusieurs, penchés sur une facette de l’œuvre, tirent des travaux inégalables de François Ricard les balises dont ils ont besoin. Tous et toutes ne parviennent cependant pas à s’extirper du jargon que l’université semble considérer, bien à tort, comme une preuve de sa compétence. Cela rend parfois indigeste ce consistant hommage à Gabrielle Roy.

Publié le 24 mars 2014 à 15 h 15 | Mis à jour le 6 novembre 2015 à 15 h 12