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Serge Sanchez

FRANÇOIS AUGIÉRAS

LE DERNIER PRIMITIF

Grasset, Paris, 2006
460 pages
34,95 $

Journaliste et écrivain, producteur délégué à France Culture et collaborateur au Magazine littéraire, Serge Sanchez signe avec cette biographie le complément idéal pour aborder l’œuvre dérangeante de François Augiéras. Résultat de trois années de travail, ce livre retrace en quatre parties l’itinéraire du « barbare d’Occident », entre sa naissance à Rochester et sa mort à quarante-six ans dans un hospice du Sarladais. Les deux premières parties reprennent, en l’amplifiant et en la rectifiant au besoin, la matière de l’ensorcelant volume de souvenirs d’Augiéras, Une adolescence au temps du Maréchal et de multiples aventures (Christian Bourgois, 1968). Ce livre avait suscité peu d’échos lors de sa parution, faute de lectorat réceptif à son message : à une époque furieusement politisée et aigrie contre le régime de Vichy, Augiéras venait clamer que les premiers temps de l’Occupation furent une période bénie pour une partie de la jeunesse française. Une adolescence au temps du Maréchal s’achevait sur l’engagement de son auteur dans une compagnie méhariste du sud algérien en 1958, et Sanchez couvre, dans les deux dernières parties de sa biographie, les années d’existence nomadique que vécut par la suite Augiéras jusqu’à sa mort en 1971. De la Dordogne au Niger, du mont Athos à Tunis, Augiéras ne résista guère à l’appel des forêts et des astres. Au lieu de s’attarder aux détails de la généalogie et de la petite histoire familiales, Sanchez se concentre sur la trajectoire flamboyante d’un aventurier de l’esprit et des sens, à qui son entourage prêta « des goûts et des tendances d’un autre monde » – un monde soit très ancien, soit très en avance, car Augiéras fut autant fasciné par les fresques préhistoriques que par les ovnis. Sanchez signe une biographie d’écrivain très réussie, dans la mesure où il replace l’œuvre d’Augiéras dans le contexte littéraire de l’époque. Écrivains et éditeurs, tels Blaise Cendrars, Marguerite Yourcenar et Marcel Jouhandeau, Jean Paulhan, Pierre Fanlac et Bruno Roy (de Fata Morgana), sont pris à témoin devant l’œuvre scandaleuse d’Augiéras. Les trois chapitres portant sur l’idylle manquée d’Augiéras et de Gide, « Gidiana I-III », comptent parmi les pages les plus captivantes du livre, qui se lit d’un trait.

Publié le 8 octobre 2007 à 9 h 46 | Mis à jour le 8 octobre 2007 à 9 h 46