Francoeur

Charles Messier

FRANCOEUR

LE ROCKEUR SANCTIFIÉ

VLB, Montréal, 2013
128 pages
25,95 $

Relativement méconnu à l’extérieur de Montréal, Lucien Francoeur a été une figure marquante de la musique québécoise à l’époque du groupe Aut’Chose, entre 1974 et 1978. Il a connu plusieurs carrières : enseignant au cégep, animateur à la radio, en plus de poursuivre ses activités sur disque et sur scène. Par ailleurs, Francoeur a produit une quantité respectable de recueils de poésie.

Résultat du mémoire de maîtrise de Charles Messier, Francoeur, Le rockeur sanctifié raconte comment ce créateur hors norme s’est imposé en sachant bien s’entourer dès les débuts du groupe Aut’Chose, qui signa un contrat avec la multinationale CBS. Des personnages-clés lui ouvrent des portes : le guitariste Pierre Gauthier, qui compose les mélodies sur les textes de Francoeur, ses amis éditeurs (dont Gaston Miron). Ses contacts privilégiés dans les médias de Montréal et à Musique Plus font en sorte que ses chansons tournent souvent à la radio. Sa visibilité à la télévision lui permet de passer de l’underground à la culture mainstream.

Francoeur « se prend pour Jim Morrison » et imite Mick Jagger tout en étant loin de leur ressembler ; lorsqu’il écrit, il pense à Rimbaud et s’identifie à la Beat Generation, gardant en tête toute la mythologie du rock, de la bande dessinée américaine et de la contre-culture. Ses écrits surabondent de références au rock et de citations de chansons en anglais. Mais celui qui se surnomma « le freak de Montréal » a eu du mal à s’imposer comme écrivain.

Contrairement à Michel Pagliaro, à Gerry Boulet ou à Marjo, qui pouvaient chanter juste, Francoeur a réussi à obtenir le statut de star du rock en dépit de son incapacité de chanter, de jouer d’un instrument ou de lire une partition : « Je ne chantais pas, mais j’entonnais les phrases là où les mots résonnaient aussi fort que le beat. Sans le savoir, j’étais un précurseur au Québec de ce qu’on a appelé le rap quelques années plus tard ».

Francoeur, Le rockeur sanctifié constitue un bel hommage à cette icône de la culture québécoise empreinte d’américanité. Pas moins de 95 % des textes réunis ici ont été rédigés par Francoeur lui-même ou sont des propos recueillis, complétés par quelques anecdotes de ses proches. L’abondante iconographie est iconoclaste, clinquante, insolite, avec en prime des photos de ses voitures de luxe (Corvette, Mustang, Porsche) ! Tout à l’image de ce poète du rock en français !

Publié le 4 avril 2014 à 21 h 42 | Mis à jour le 4 avril 2014 à 21 h 42