Numéro 99

Richard Stark

FLASHFIRE

Trad. de l'américain par Marie-Caroline Aubert
Rivages, Paris, 2004
207 pages
29,95 $

Qui dit Richard Stark dit Donald Westlake et ce n’est pas trahir un secret d’État que de le rappeler. Plusieurs motifs expliquent d’ailleurs la panoplie d’identités dont se sert Donald Westlake. De son propre aveu, les éditeurs ont insisté, dès le début de sa carrière, pour qu’il ne présente au public qu’un titre par année sous son nom. Publier plusieurs Westlake en trop peu de mois leur paraissait un mauvais calcul. On peut cependant penser que Westlake a lui-même tenu à ce que ses pseudonymes mettent en vedette des personnages différents. À titre d’exemple, le personnage de Dortmunder préserve mieux ses caractéristiques s’il n’a pas le même « père spirituel » que les autres malfaiteurs qui appartiennent à la nébuleuse Westlake. Lorsque, comme c’est ici le cas, le truand Parker monte à l’assaut, Donald Westlake s’éclipse et Richard Stark prend toute la place. Erle Stanley Gardner agissait de la même manière quand il se réservait l’avocat Perry Mason comme personnage principal et s’en remettait à un prête-nom comme A.A. Fair du soin de suivre l’enquêteur Donald Lamb.

En bénéficiant de cette spécialisation des personnages, le lecteur ne perd pourtant rien de l’étonnante vivacité de Westlake. Certes, Stark cultive rarement l’humour dont Westlake est friand et son Parker se livre à des calculs moins aléatoires que les truands d’Au pire, qu’est-ce qu’on risque ? ; l’imagination et la débrouillardise déferlent pourtant dans les deux cas avec une immense générosité. La différence provient de ce que Parker est plus « dur ».

Il faut dire que Parker obéit à une psychologie particulière. Sa fierté lui interdit de laisser un affront impuni, que l’offense lui ait été infligée par la police ou par d’autres truands. Dans Flashfire, Parker passe à l’offensive contre le gang qui refuse de lui payer la somme promise. Il entend détourner à son bénéfice le lucratif complot dont on l’a écarté. Par principe. Pas surtout par voracité ou parce que l’argent lui fait défaut, mais parce qu’on a manqué d’égards à son endroit. D’après Parker, un criminel digne de ce nom ne demeure respectable que s’il liquide ceux qui lui ont manqué de respect. Cette éthique un peu spéciale n’interdit aucun meurtre à Parker, mais elle rend impossible tout appel à la pitié. Si l’adversaire réussit à lui tenir tête et même à lui faire craindre la mort, Parker ne formulera ni regret ni plainte. Flashfire lui donne l’occasion d’aller au bout de ses principes.

Publié le 1 juin 2005 à 14 h 40 | Mis à jour le 14 février 2015 à 15 h 26