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Arnaldur Indridason

LA FEMME DE L’OMBRE

TRILOGIE DES OMBRES, T. 2

Trad. de l’islandais par Éric Boury
Métailié, Paris, 2017
330 pages
34,95 $

La Trilogie des ombres ou l’Islande pendant la Seconde Guerre mondiale, telle que proposée en trois tomes par Arnaldur Indridason, auteur universellement acclamé. Si les livres peuvent être lus dans le désordre, rappelons que La femme de l’ombre suit Dans l’ombre et précède Le passage des ombres, dont la sortie estprévue en 2018. Beaucoup d’ombres, en effet, accompagnées de silences, de morts et de mystères, pour définir les années noires qu’aura vécues la petite nation nordique.

Les sympathiques et efficaces Flovent et Thorson servent de fil conducteur à la série et tentent de résoudre les meurtres commis sur l’île occupée par les Américains, après l’avoir été par les Britanniques. Chargé des drames civils, Flovent est le seul enquêteur de la police criminelle de Reykjavik, alors que le Canado-Islandais Thorson, de la police militaire, analyse les crimes dont sont victimes ou même auteurs les représentants des forces armées. Le duo se croise inévitablement au fil des événements et fait bien entendu front commun.

L’Islande a réussi à maintenir sa neutralité pendant le terrible conflit mondial, mais en a souvent payé le prix fort. Espionnage, prostitution, marché noir, vengeance, pauvreté, mépris et arrogance de l’occupant, tout est possible et tout arrive dans les rues et les bouges de Reykjavik. « L’armée ne tolérait pas l’homosexualité qui était en effet cause de renvoi. L’héroïsme et le courage au combat n’avaient dans ce cas-là aucun poids. »

Trois drames se croisent et se recroisent dans La femme de l’ombre, soit la disparition d’un Islandais à Copenhague, au Danemark, la découverte à Reykjavik d’un jeune homme défiguré et en fin de vie, portant l’uniforme américain, puis celle d’un noyé islandais, dont la vie conjugale semble sans histoire. « On n’avait décelé aucune trace de violence. Sans doute son époux s’était-il jeté à la mer, comme ils l’avaient déjà évoqué. »

Indridason ne sombre jamais dans le gore où l’hémoglobine prend toute la place, mais se plaît plutôt à décrire son pays avec finesse et réalisme, et à raconter son histoire. « Un balai cassé était appuyé au comptoir usé. Une table à laquelle il manquait un pied était retournée sur le sol. De vieilles chaises s’entassaient dans un coin à côté du poêle noir de suie… »

Chapitre après chapitre, comme dans tout bon thriller, l’écrivain tisse habilement sa toile, créant plusieurs fausses pistes, car le récit n’est pas toujours linéaire. Bien que La femme de l’ombre ait été récompensé par le prix Blood Drop 2017 du roman islandais, on s’ennuie parfois de l’émotion et de la sensibilité qui se dégageaient davantage de la série « Erlendur Sveinsson », en compagnie de l’inspecteur devenu pour plusieurs un véritable personnage fétiche.

Publié le 27 avril 2018 à 14 h 26 | Mis à jour le 27 avril 2018 à 14 h 26