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Numéro 106

Perla Serfaty-Garzon

ENFIN CHEZ SOI ?

RÉCITS FÉMININS DE VIE ET DE MIGRATION

Bayard Canada, Montréal, 2006
185 pages
19,95 $

Que veut dire émigrer ? Qu’est-ce que cette expérience singulière transforme et crée dans la vie de ceux et celles qui la vivent ? Ressent-on les choses de façon différente lorsque l’exil est volontaire plutôt que forcé par des circonstances menaçantes ? Comment se réapproprie-t-on un chez-soi ailleurs ? Quelle importance une maison, un objet, un type d’environnement peuvent-ils acquérir dans cette nouvelle vie ? Que deviennent nos rapports à la langue du pays d’accueil et à celle du pays que l’on a quitté ? Quelle part de nous reste ancrée dans cet espace où nous sommes nés ? Voilà quelques-unes des questions soulevées par la psychosociologue Perla Serfaty-Garzon – professeure dans des universités d’Europe, des États-Unis et du Canada – dans son dernier essai, Enfin chez soi ?, Récits féminins de vie et de migration.

Le point d’interrogation du titre s’avère très révélateur. Les propos de Serfaty-Garzon font en effet état d’une sorte d’ambiguïté dont témoignent les émigrantes que l’auteure a retenues parmi une cohorte d’une trentaine de femmes ayant quitté leur pays d’origine pour s’établir d’abord en France, puis au Québec. Bien décidées à s’enraciner dans cette terre québécoise où sont nés leurs enfants – certaines d’entre elles ont d’ailleurs épousé des Québécois ; d’autres, des émigrants comme elles -, ces femmes n’en demeurent pas moins constamment dans une sorte d’entre-lieux intérieur. En suivant chacune des étapes de leur parcours, Perla Serfaty-Garzon permet au lecteur de mieux saisir tous les méandres de cette ambiguïté et, du même coup, de mesurer davantage l’ampleur, la profondeur et la singularité de l’expérience qu’elles vivent.

Essai bien documenté, Enfin chez soi ?reste néanmoins tout à fait accessible aux lecteurs peu familiers avec les notions et le lexique de sociologie ou de psychosociologie. Les nombreux extraits des entrevues avec les émigrantes font plus qu’étayer le propos de la psychosociologue ; ils traduisent le spectre du vécu émotionnel de ces femmes qui ont cherché de par le monde un nouveau chez-soi.

Publié le 10 mars 2007 à 10 h 42 | Mis à jour le 10 mars 2007 à 10 h 42