Accueil > Commentaires de lecture > Essai > ÉLOGE DES PETITS RIENS

Numéro 101

Geneviève Robitaille

ÉLOGE DES PETITS RIENS

Leméac, Montréal, 2005
84 pages
11,95 $

D’une écriture fine et sensible, Geneviève Robitaille consigne ses réflexions et ses jours éclairés de petites joies qu’elle nomme « petits riens » : Lili, la chatte « de nulle part », se blottit contre sa maîtresse sous un édredon de plumes ; sur les rives de Kamouraska, un splendide chêne rouge côtoie le fleuve Saint-Laurent ; Marianne, la fillette à qui l’écrivaine dédie tous ses livres, court et virevolte, pleine de sa fragile jeunesse.

Dans la vie de Geneviève Robitaille, ces instants de beauté et de bonheur sont loin d’être banals. Atteinte d’une maladie dégénérative qui entrave sa mobilité et lui retire peu à peu la vue, cette passionnée d’art et de théâtre a choisi de faire sienne cette formule de Van Gogh : « Trouve beau tout ce que tu peux ». De son fauteuil roulant, elle voit le monde, l’observe, puis nourrit des pensées et des espoirs : « J’ai trois formidables aspirations : marcher dans l’automne (et l’hiver qui arrive à grands pas !), lire, cuisiner une soupe. [ ] Pouvoir exécuter l’ordinaire, tout l’ordinaire ! » Ses ambitions sont à la mesure de son quotidien fait de « tranquillités simples ».

Pour celle qui fut jadis comédienne, l’écriture constitue un « rêve magnifique » qui enrichit le quotidien. Déjà auteure de deux récits autobiographiques (Chez moi, 1999, et Mes jours sont vos heures, 2001), Geneviève Robitaille aspire à la fiction, aux histoires inventées, hors de l’ordinaire. Elle souhaite faire voyager le lecteur, lui donner à lire des récits grandioses, mais constate inéluctablement que ce dont elle veut parler n’est jamais loin d’elle. Lucide, elle note : « [C]e que méritait la littérature c’était mon imparfaite authenticité, aussi peu spectaculaire soit-elle ».

Éloge des petits riens n’est effectivement ni spectaculaire ni parfait. Loin de l’œuvre fabriquée (Geneviève Robitaille se présente comme une artisane plutôt qu’une artiste), son récit, dénué de prétention, touche et apaise. Sans choisir l’apitoiement, l’auteure ne verse pas dans l’optimisme à tout prix. On apprécie son authenticité, ses nuances, son écriture à la fois lucide et lumineuse.

Publié le 25 novembre 2005 à 12 h 42 | Mis à jour le 25 novembre 2005 à 12 h 42