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Isabelle Gagnon

DU SANG SUR SES LÈVRES

Héliotrope, Montréal, 2015
130 pages
19,95 $

Du sang québécois coule dans les veines d’Isabelle Gagnon, écrivaine déménagée à Paris depuis plusieurs années, qui installe l’intrigue de son quatrième roman, Du sang sur ses lèvres, à Pohénégamook. Roman complètement noir, ce livre entache l’image du héros traditionnel et déterre les colères enfouies dans les mémoires aliénées des personnages. Alix et Paul, ces antihéros jumeaux, ont erré pendant 30 ans dans l’abîme de la vengeance, rapiéçant en vain les retailles d’une vie normale. Du sang sur ses lèvres dépeint la nature humaine dans ce qu’elle a de plus mauvais et met le lecteur dans l’attente du pire dès le début.

À Pohénégamook, petite ville du Québec située près de la frontière américaine, Alix retrouve Paul, qui s’y terre depuis longtemps pour orchestrer la chasse à l’homme qu’il surnomme Monster. Cet homme qui a détruit leur vie, qui a plongé leur âme dans la noirceur et qui les noie jour après jour dans un chagrin écrasé par la souffrance. Alors qu’Alix venait parce qu’elle croyait que son frère avait besoin d’elle et qu’elle craignait qu’il fît une bêtise, elle se laisse envahir par la loi du talion. À la dernière minute, la vérité, douloureuse, l’assène d’un coup franc et la ramène devant les portes de l’enfer qui se sont ouvertes 30 ans auparavant.

Dans ce court roman où les lourds secrets oppressent autant les lecteurs que les personnages, l’intensité est gage de plaisir. À l’inverse des polars traditionnels où l’intrigue réside dans l’enquête suivant le crime, Du sang sur ses lèvres brosse le portrait de personnages qui s’apprêtent à faire un coup. Isabelle Gagnon met en scène des protagonistes qui défient les lois, qui ont des dépendances et des problèmes psychologiques. Des personnages vrais, des durs à cuire. Alix et Paul, malgré leur illégalité, leur impolitesse et leurs mœurs douteuses, suscitent de la compassion et, subjugué par autant de bouleversements, le lecteur prend son parti.

Du sang sur ses lèvres innove dans la forme du polar et provoque une attente bien récompensée. Isabelle Gagnon réinvente à sa manière la recette du roman noir et façonne l’horreur et le suspense comme pas une.

Publié le 7 avril 2016 à 21 h 10 | Mis à jour le 10 avril 2016 à 18 h 11