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Jean Désy

DU FOND DE MA CABANE

ÉLOGE DE LA FORÊT ET DU SACRÉ

XYZ, Montréal, 2002
166 pages
18 $

Peu après le roman Le coureur de froid, Jean Désy revient avec un 17e livre où il navigue entre le récit et l’essai, non loin des territoires balisés autrefois par Henry David Thoreau avec Walden et autres journaux d’ermitage. « Vous vivez dans une cabane pour ne pas vous soumettre sans combattre au monde postmoderne », écrit l’auteur, réfléchissant sur son expérience à la deuxième personne du pluriel. C’est qu’en plus de s’adresser à ses deux fils, Jean Désy tient à transformer la simplicité de sa retraite en une expérience de communication durable. Tâche qu’il réussit fort bien, son petit livre étant désormais une de ces cabanes où les nomades peuvent venir s’abriter quelque temps.

Féru de voyages au nord du Nord, l’auteur ne nous emmène cette fois qu’à quelques dizaines de kilomètres au nord de Québec, juste assez loin pour rompre avec la civilisation ordinaire. L’aventurier prend le recul nécessaire pour repenser les liens entre nature et culture, évitant la fuite utopiste tout en tentant, tranquillement, de réenchanter un monde déserté par les dieux. Une randonnée alpestre aussi bien qu’une mésaventure en motoneige serviront de prétextes à des commentaires sur la vie moderne, sur un ton inquiet mais convivial, rêveur autant que lucide. Le procédé rhétorique du vous a beau produire un effet inégal selon les chapitres, on est séduit par la sympathie du narrateur et sa façon d’habiter le territoire québécois, qu’il réussit à fondre un peu avec la parole et, du même coup, à faire entrer dans une résonance plus universelle. Sous une couverture à l’aspect légèrement scolaire, on est surpris de découvrir un beau moment d’humanité.

Publié le 7 août 2003 à 11 h 06 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 20 h 52