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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Le matin. S’éveiller. Les gestes quotidiens. Un rituel d’une certaine façon. Dans la simplicité des choses, la poésie apparait. Lentement, doucement, l’autrice partage avec le lecteur ce que la vie lui inspire.

Trois parties composent le recueil, chacune introduite par un texte en prose de quelques lignes qui annonce les poèmes en reprenant un mot clé. Du particulier au général. De l’intimité de sa maison à l’espace, un peu comme si elle racontait une journée ordinaire, mais qui est pourtant particulière parce qu’elle en saisit l’essence.

« Il faudra que quelqu’un raconte / la batture des paupières » quand on s’éveille le matin et que le noir s’efface devant le bleu du jour. Ainsi court la première partie du recueil en une suite de gestes quotidiens, anodins, mais remplis de la vie qu’on veut bien y mettre. Car le sens nait de notre regard sur les faits, les choses, les êtres. En de courts poèmes, la poète met en scène son alter ego à qui elle s’adresse en décrivant ses sentis et ses gestes : « Tu tranches le pain / l’heure cède / à un ordre secret ».

Le jour s’installe, la journée s’ouvre dans un inédit pourtant connu : « Vous vous regardez longtemps / la chatte le poème et toi » Il y a là les « Infinis d’occasion », titre de cette deuxième partie. Les images sont simples tout comme les situations, nées d’un regard attentif et amoureux : « Une pelle semblable / à celle de ton père / qui devançait le printemps / dans les rigoles ».

De la chambre à la maison puis au village et à l’espace : « Derrière l’église / un ange sans bras / pointe la lune ». Cette « Lumière-mémoire » de la troisième partie élargit le regard pour le laisser voguer dans ce qui pourrait être l’infini. Alors « tu te lèves pour écrire / les mots repartent / agrandir tes mains / te les rapportent / tessons de verre dépoli / à placer devant l’œil ».

Cayouette écrit depuis longtemps des haïkus (La lenteur au bout de l’aile; Verser la lumière) et on retrouve dans Doublure du monde l’esprit de cette forme, cette volonté de demeurer proche de la concrétude des choses. La poète témoigne de son rapport avec elle-même, avec ce qui l’entoure, avec son environnement et plus largement avec le monde. Les poèmes s’offrent comme une méditation sur la vie, instants de repos, de calme, d’un nécessaire repli sur soi pour ensuite mieux aborder l’autre.

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