Numéro 103

Marie Redonnet

DIEGO

Minuit, Paris, 2005
189 pages
27,95 $

Gracié d’une peine à perpétuité pour son rôle dans une tentative de coup d’État, Diego Aki quitte son Afrique natale pour débarquer, à la faveur de la nuit, dans une crique des côtes françaises. Il y fait la rencontre d’une femme, vivant seule dans un cabanon, qui l’héberge quelques jours. « Vous n’avez rien à craindre. Pour moi, la France reste une terre d’asile. Ceux qui font une traversée périlleuse pour venir y vivre ont le droit d’y tenter leur chance. » Rasséréné par cet accueil chaleureux, Diego se rend chez un vieil amoureux de la tante qui l’a élevé. Celui-ci, devenu garagiste dans une banlieue nord de Paris, a promis de l’aider. Pour Diego commence alors une vie de sans-papiers toujours menacé d’expulsion puisque, comme l’a tout de même ajouté Rita avec lucidité, « [q]ui sait ce qui les attend ? La France est de moins en moins une terre d’accueil ».

Sa rencontre avec un ancien révolutionnaire africain, qui règne désormais sur un petit ghetto de clandestins dans une gare désaffectée, sera déterminante. Grâce à cet Aigle Noir, Diego décrochera un premier emploi de veilleur de nuit dans une usine mais surtout il fera la rencontre de son ex-femme, Nelly, productrice de cinéma. Car, malgré les angoisses et les périls qui rôdent – en particulier l’enquête pour le meurtre d’un des travestis du bordel, où il trouve un second emploi de veilleur de nuit, que l’inspecteur veut lui coller sur le dos -, Diego poursuit toujours son rêve : réaliser un film qui, à travers le personnage de Samir, son double, raconte le destin de ces sans-papiers qui tentent, entre espoir et désarroi, de refaire leur vie.

Écrit dans une langue autre que celle de Marie Redonnet, Diego aurait tout pour sombrer dans le mélodrame. Mais les phrases courtes, toujours au présent, sans fioritures et presque sèches de Redonnet en font un roman juste et poignant qui rend toute sa tragédie à l’histoire de ce clandestin. Une histoire exemplaire ? Certes pas, puisque le rêve – réalisé – de Diego lui donne une dimension et des possibilités qu’ont très peu souvent ces immigrés, même bardés de diplômes, qui affrontent leur nouvelle vie sans papiers ou cachés derrière des faux. Mais Diego témoigne néanmoins de la force de l’imaginaire dans la construction de l’espoir et de la volonté de survie de ceux qui n’ont plus rien à perdre.

Publié le 14 juin 2006 à 17 h 09 | Mis à jour le 14 juin 2006 à 17 h 09