Accueil > Commentaires de lecture > Essai > DICTIONNAIRE DES UTOPIES

Numéro 105

Sous la direction de Thomas Bouchet, Antoine Picon, Michèle Riot-Sarcey

DICTIONNAIRE DES UTOPIES

Larousse, Paris, 2006
296 pages
34,95 $

Le très original Dictionnaire des utopies regroupe 73 notices détaillées touchant l’histoire littéraire, l’histoire politique, la philosophie, les imaginaires. Depuis l’Utopia de Thomas More, datant de 1516, les définitions de l’utopie ont été multiples ; les auteurs la décrivent comme « représentant l’ailleurs ou l’impossible bonheur commun ». Mais, ajoutent-ils pour généraliser, « dans le concret de leur réalisation, elles aboutissent à son contraire : l’aliénation de l’homme sous la férule d’un gouvernement tyrannique ».

Les professeurs Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon ont réuni des notices éloquentes sur ces différents espoirs pratiquement impossibles à réaliser : les anarchisme et communisme, les cités idéales, les langues universelles (comme l’espéranto), la science, la technique (incluant les nouvelles technologies). Des penseurs importants ont aussi droit à une notice : Diderot, Marx, Platon, Jean-Jacques Rousseau, mais aussi des romanciers utopistes du XIXe siècle comme Edward Bellamy, qui a écrit Looking Backward, et William Morris, auteur de Nouvelles de nulle part. Des philosophes français comme Michel Foucault et Gilles Deleuze sont aussi étudiés, ainsi que les Allemands Walter Benjamin et Ernst Bloch ; en outre, un article sur l’Internationale situationniste situe le parcours de Guy Debord, auteur de La société du spectacle (1967), toujours vénéré en France. Plusieurs notices touchent les mouvements artistiques et la littérature, en particulier celle qui est consacrée aux « contre-utopies », qui compare trois romans importants sur des mondes cauchemardesques : Nous autres d’Evguéni Zamiatine, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, et 1984 de George Orwell.

Dans ce Dictionnaireque l’on voudrait parfait, quelques passages m’ont laissé sur ma faim. La notice sur le cinéma est très mauvaise : un seul titre de film est mentionné par Jean-Louis Comolli, qui s’attarde longuement sur les dimensions pseudo-philosophiques de l’image animée. On ne parle même pas du film Metropolis de Fritz Lang ! Par ailleurs, les sujets et les collaborateurs choisis restent pour la plupart centrés sur la France (Mai 68, la Commune de 1871). On aurait certainement pu y ajouter d’autres thèmes comme l’Amérique, cette terre d’utopies par excellence, l’Atlantide, mais aussi le rêve d’indépendance du Québec, dont il n’est nullement question dans ce livre.

Publié le 2 décembre 2006 à 11 h 16 | Mis à jour le 10 novembre 2014 à 14 h 02