Malcolm Reid

DEEP CAFÉ

UNE JEUNESSE AVEC LA POÉSIE DE LEONARD COHEN

Presses de l'Université Laval, Québec, 2010
161 pages
19,95 $

Le titre de cet ouvrage origine du premier vers du poème « Cherry Orchards », tiré du quatrième recueil de Leonard Cohen, Flowers for Hitler (1964): « From my deep café I survey… » Ce « deep café » réfère directement aux lieux de réflexion de la bohème montréalaise anglophone des « sixties », contemporaine de l’affirmation, de la montée de la contre-culture canadienne-française, notamment avec la naissance de Parti pris en 1963.

Essayiste, poète et journaliste, Malcolm Reid est avant tout un homme de culture qui a désiré nous comprendre. Il vient d’un « ailleurs », d’une famille canadienne-anglaise d’Ottawa cultivée, éclairée, socialiste, écrit-il. Nous le suivons dans les périples et dédales de cette bohème anglophone de Montréal: la « Bohemian Montreal », une ville dans la ville, celle des arts et des lettres située dans l’ouest de la grande cité, ce « Montréal des arts et de l’errance, qui avait ces deep cafés ». Et toutes les revendications du Québec de l’époque – les glorieuses années 1960 – celles de la Révolution tranquille seront observées par Reid s’imprégnant de l’œuvre poétique de Leonard Cohen qui accompagne, en quelque sorte, nos grandes mutations sociales et culturelles ainsi que, bien sûr, le parcours de l’auteur.

Reid nous amène avec lui, revisite – il est, à cette époque, dans la vingtaine – ces années importantes : c’est comme si nous y étions… vagabondant dans un Montréal explosif, cette scène montréalaise colorée par les éclats d’une contre-culture jetés à la figure d’un monde jugé aliéné, pourfendant les renégats du capitalisme et les tenants de traditions périmées. Nous sommes d’emblée placés, avec cet ouvrage, sur cette vaste « scène » (« the Montreal scene ») sur laquelle – dans la foulée de la Révolution tranquille – vont se dérouler des changements profonds à tous les niveaux de la société. Et tout cela nous est raconté directement en français et, précisons-le, par un individu loin de ses racines, qui a voulu comprendre les enjeux fondamentaux de ce temps. L’œuvre de Cohen sera, dans ce livre, comprise constamment comme un leitmotiv servant à incarner le parcours de l’auteur en « Terre-Québec », plus spécifiquement à Montréal: lieu des ancrages de nos contre-cultures (anglophone et francophone).

Cet essai à caractère autobiographique est bien documenté, vivant, vivace grâce à un propos incarné dans les enjeux d’une époque, ce qui lui donne une couleur inédite loin de l’abstraction fade de certains essais portant sur des périodes-clés de notre histoire. Un livre de paroles, tout en finesse et en intelligence, nous est donc offert.

Publié le 26 juin 2011 à 14 h 18 | Mis à jour le 8 février 2015 à 9 h 51