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Gilles Archambault

DE SI DOUCES DÉRIVES

Boréal, Montréal, 2003
166 pages
17,95 $

Écrivain de renom au talent immense, figure sous-estimée de la littérature québécoise, Gilles Archambault représente pour moi la voix par excellence du jazz à la radio. Ses livres ressemblent aux émissions musicales qu’il anime, avec leurs observations attentives sur des éléments à première vue familiers.

Dans les nouvelles de son plus récent recueil, l’auteur fait l’autopsie de l’homme ordinaire. L’un médite sur ses amours passées ; l’autre retrouve sa fille perdue de vue ; un autre encore s’étonne de voir son entourage qui change et vacille lentement. Spectateur sensible, Gilles Archambault décrit un monde quotidien, parfois à la première personne, quelquefois à la troisième. Le style de ses nouvelles s’apparente parfois à celui d’un journal personnel, traduisant non pas des secrets intimes, mais plutôt des émotions empreintes de tristesse, presque sur le ton de la confidence. Ainsi, l’atmosphère de la nouvelle « Il y a longtemps » évoque Le libraire de Gérard Bessette, par son propos désabusé, résigné, lucide.

Dans certaines histoire se lit un deuil. Beaucoup de dialogues de divorcés, de proches qui tentent de renouer leurs liens, ou qui constatent que leurs différences les séparent de plus en plus. Plusieurs nouvelles évoquent les méfaits de l’alcool, la maladie. Certains tracent des portraits de femmes agressives, qui se retrouveront seules, pour toujours. Le narrateur se fait discret, réservé, il étudie ses personnages avec un certain recul. Quel beau livre ! Malgré le côté crû de certains passages (« Une lente dérive »), le style de Gilles Archambault reste subtil, doux-amer. Il sait bien dire la tristesse ; il en fait de très belles pages.

Publié le 10 décembre 2003 à 11 h 52 | Mis à jour le 10 décembre 2003 à 11 h 52