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Esther Croft

DE BELLES PAROLES

XYZ, Montréal, 2002
168 pages
20 $

Les premières lignes vous empoignent. Une écriture ciselée se rapprochant de la poésie vous invite à prendre le temps de savourer, tandis que la quête annoncée vous pousse à aller de l’avant.

Il a fui, l’être lumineux à l’éloquence éblouissante, l’amant de la narratrice qui a repris goût à la vie à son contact. Fui, sans signes annonciateurs. Catherine remonte jusqu’à leur première rencontre, trois ans auparavant, pour tenter de comprendre. Des moments de grande intensité partagés avec un être d’exception, idéaliste, altruiste et débordant d’énergie. Il y a bien quelques soupçons qui lui reviennent en mémoire, mais ils avaient été si fugitifs, alors, qu’ils n’avaient pas réussi à ébranler la confiance de l’amoureuse. Il faudra que des faits troublants soient portés à sa connaissance, après la disparition, pour qu’elle comprenne qu’un inconnu se cachait sous le masque de Marc-André Ladouceur.

La romancière introduit des personnages secondaires, eux aussi vus à travers les yeux de la narratrice, qui contrastent avec la personnalité ambiguë de M.-A. L. Cette opposition illustre le propos du roman explicité dans le discours intérieur de Catherine : « Il y a des gens qui, rien qu’à vous regarder, rien qu’à vous sourire, même du fond de leur fragilité, parviennent à vous offrir quelque chose de précieux. […] Il y en a d’autres qui, même les bras chargés, la bouche exubérante et l’œil éblouissant, réussissent à nous déposséder. En ayant l’air, pourtant, de nous avoir comblés. Pourquoi est-ce si souvent ceux-là qui nous séduisent ? Avons-nous à ce point besoin d’être trompés pour réussir à vivre ? »

Esther Croft s’avère des plus habiles à conduire une histoire. Outre les surprises que réserve l’intrigue, la maîtrise du style donne plein pouvoir à la romancière qui arrache les masques et invite le lecteur à voir au-delà des apparences, ce qui suscite l’admiration. Il s’agit pourtant du premier roman de l’auteure qui avait déjà publié trois recueils de nouvelles dont la parution s’est échelonnée de 1988 à 1997. En 1997, le Prix Adrienne-Choquette lui était décerné pour son recueil Au commencement était le froid.

Publié le 6 août 2003 à 16 h 23 | Mis à jour le 16 mars 2015 à 9 h 07