Numéro 89

Michel Rheault

DALIDA

UNE ŒUVRE EN SOI

Va bene, Québec, 2002
185 pages
19,95 $

Cette étude consacrée à la chanteuse Dalida développe une réflexion sérieuse sur le mythe populaire créé par l’image flamboyante et les chansons de cette écorchée vive à l’âme fragile. Égyptienne polyglotte, elle avait connu un très grand succès en France et au Québec, surtout durant les années 1970. Quinze ans après la mort de Dalida, Michel Rheault étudie la construction du personnage que la vedette s’était créé (peut-être malgré elle), oscillant souvent entre le tragique et le mélodramatique. Dalida était une professionnelle du spectacle, une bête de scène, une vedette typiquement méditerranéenne que l’on n’aurait pas pu imaginer en Amérique ; elle était d’une certaine manière la continuité d’une Mélina Mercouri ou d’une Maria Callas, mais aussi une habituée bien involontaire des journaux à sensations et du Paris Match.

L’auteur de Dalida, Une œuvre en soi était lui-même un admirateur de longue date de la chanteuse ; il l’étudie comme beaucoup de chercheurs anglo-saxons analysent les œuvres d’Elvis Presley ou des Beatles, en considérant autant l’impact de leurs chansons que la dimension sociale du culte profane qui leur est encore voué, qui dépasse les modes et les époques. Délaissant la biographie linéaire (plusieurs existaient déjà), ce livre permet de mieux comprendre le personnage construit par trente années d’une carrière inégale mais ayant parfois touché les sommets. Dalida était une chanteuse qui ressemblait à ses chansons, surtout les plus tristes : « Paroles », « Gigi L’Amoroso », « Il venait d’avoir dix-huit ans » et sa reprise de « J’attendrai ».

Pour ma part, je crois que la faible de popularité ou du moins l’incompréhension d’une partie du public face au phénomène Dalida réside dans le choc culturel qu’impliquait l’univers presque kitsch de cette artiste : ses chansons aux arrangements clinquants, ses robes exubérantes, sa longue chevelure, ses poses et son jeu de scène théâtral constituaient un dépaysement trop grand pour beaucoup d’Occidentaux. Mais sans ces éléments excentriques (ou codés comme étant démodés et de mauvais goût) qui faisaient son image, la tragique Dalida n’aurait pas été la même.

Publié le 21 juillet 2003 à 16 h 39 | Mis à jour le 21 juillet 2003 à 16 h 39