Alain Grandbois

CORRESPONDANCE

Éd. critique préparée par Bernard Chassé
Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 2003
746 pages
80 $

De la correspondance d’Alain Grandbois on connaissait déjà, essentiellement, la quarantaine de lettres écrites à Simone Routier, dans les années 1920, et les 72 adressées à Lucienne Boucher, en 1932 et 1933 : publiées en 1978 et 1987 respectivement, toutes avaient la particularité de s’inscrire dans le cadre spécifique d’échanges amoureux. Sur un tout autre registre, l’éditeur critique Bernard Chassé ajoute aujourd’hui à cet ensemble, qu’il reprend, plus de 260 autres lettres envoyées à des amis qui, constate-t-on rapidement, font partie de l’intelligentsia de leur époque : depuis Victor Barbeau, Marcel Dugas et Guy Sylvestre jusqu’à Jean-Guy Pilon, Fernand Ouellet, Jacques Brault et Gaston Miron, en passant par les Gustave Lamarche, Rina Lasnier, Lionel Groulx et Roger Duhamel. Bernard Chassé augmente ce corpus global de 379 missives d’un groupe de 69 lettres postées à Alain Grandbois par des membres de sa famille proche, à savoir son père Henri, sa mère Bernadette Rousseau et son oncle Joseph-Émery Grandbois. D’autres fonds d’archives, apprend-on en note, contiennent ou peuvent contenir une foule d’envois additionnels dont Alain Grandbois est le destinataire.

Si elles ne renferment pas de renseignements spectaculaires inédits sur la vie et l’œuvre de l’écrivain, les lettres témoignent de ses multiples intérêts littéraires, culturels et sociaux et laissent apparaître en filigrane des traits de caractère récurrents qui commandent la plus grande sympathie de la part du lecteur ; et ce, même si le poète se qualifie d’« asocial » cultivant « très soigneusement […] un certain sentiment de liberté ». Avouant à plusieurs reprises son aversion pour l’écriture épistolaire, Alain Grandbois se livre peu mais sa correspondance révèle un être franc, généreux, sensible, indulgent pour autrui, peu enclin à s’enorgueillir de ses succès littéraires, dont il a plutôt tendance à réduire la valeur. Les nombreux maux physiques et moraux dont il a souffert sa vie durant éclairent d’un jour nouveau la substantifique moelle d’un recueil comme Les îles de la nuit (1944).

Sans entrer dans les détails et sans miner nécessairement le travail de Bernard Chassé, force est de constater que les éditeurs critiques des précédentes œuvres d’Alain Grandbois ont maintenu plus haut la barre de précision et d’exactitude de l’appareil d’accompagnement.

Publié le 4 mars 2004 à 10 h 12 | Mis à jour le 8 janvier 2015 à 11 h 59