Laurent Chabin

CORPS PERDU

Triptyque, Montréal, 2008
148 pages
18 $

Bizarre. Entre délire et enfermement – fût-il réel ou fictif – ce Corps perdu raconte la déchéance d’une femme d’un âge incertain, sur plusieurs années. Combien de temps au juste, nul ne le sait. Une improbable quête d’amour l’habite et lui permet de vivre. « L’attente, elle prend parfois une drôle de forme. » Sa complète solitude dure-t-elle à peine 150 pages ou plutôt l’éternité ? Dans ce climat de totale incertitude, en l’absence de toute balise, le lecteur peine à suivre et à comprendre.

Corps perdu est une succession de très courts chapitres – une ou deux pages – dans lesquels la narratrice raconte en boucle sa descente aux enfers. Indécise, l’intrigue hésite entre l’hyperréalisme, l’imagination débridée et le rêve symboliste.

Le temps passe sans vraiment s’écouler. Tout comme les lieux qui sont à peine esquissés, les personnages qui entourent l’enfant martyre demeurent flous. Il y a l’amoureux dont elle se languit. Existe-t-il seulement ? « Bien sûr que tu as été le premier, mon beau, puisque tu es le seul. » On croise une vague famille, cruelle ou ignorante, qui sait. « Maman était avec papa auprès de ma grand-mère qui avait fait des cochonneries dans son lit. » Et une succession de Mélanie qui s’occupe tant bien que mal de la malheureuse, la nourrit et la lave vaguement.

Y a-t-il eu crime, crise de folie, s’agit-il d’une honte familiale ? Qui parle et de quoi parle-t-elle ? Les phrases claquent, les mots sont durs, les situations violentes. Le sont-ils pour rendre encore plus intenable une charge émotive déjà lourde ? « Je faisais exprès de salir ma culotte pour qu’elle me la laisse, surtout en été, quand je l’enlevais juste avant de sortir de la maison. [ ] Je n’ai plus de culotte maintenant. [ ] Les bêtes sortent de mon corps aussi, parfois. »

Si le grand nomade qu’est le Français Laurent Chabin – maintenant établi à Montréal – est connu comme auteur québécois de littérature jeunesse, de contes fantastiques et de polars, il l’est moins pour ses hermétiques fictions destinées aux adultes. Inclassable, vraiment.

Publié le 16 juin 2008 à 21 h 02 | Mis à jour le 1 décembre 2014 à 10 h 58