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NUIT BLANCHE

Vous avez dit « démocratie » ? Nous sommes actuellement en présence de sa caricature. Rappelez-vous les deux élections de George Bush. Observez le tsar Poutine, le roi Sarkozy se payer tous les gauchistes d’hier qui tombent les uns après les autres, même les plus dignes. Plus près de nous, voyez le mépris des Harper, Charest et Marois envers les citoyens. Bref, depuis que la chute du soviétisme puis le 11 septembre ont eu comme effet pervers de désarticuler, comme le fait remarquer Hervé Kempf, démocratie et liberté, tout, absolument tout est permis.

Nous dérivons donc vers des formes de totalitarisme toujours plus subtiles. À tel point que la parole devient chaque jour plus interdite, que la dictature du néo-capital devient ostentatoire. Le livre de Kempf, écrit d’une manière simple et directe, éclaire crûment les croyances : la croissance économique résoudra les conflits sociaux, c’est par la technologie qu’on traversera la crise écologique, etc. Le titre dit TOUT. D’où la proposition, que j’endosse, d’un RMA (revenu maximum admissible). Je ne sais pas si je suivrais toutefois Kempf jusqu’au noir scénario dans lequel les oligarchies – dont on connaît le comportement criminel, asocial et autoritaire – aspirent au désastre écologique. Je ne suis pas partisan de l’apocalypse. Mais lorsqu’il évoque la « pulsion de la classe dirigeante pour la déflagration », c’est la pulsion de mort (Freud) qu’il met en lumière ainsi que le fondement de violence qui stimule la consommation (Baudrillard).

Or, pour laisser à l’humanité qui vient une planète sur laquelle vivre décemment, il faudrait, avant-hier, réduire radicalement cette consommation. Les gens richissimes, s’ils étaient responsables (mais ils ne souhaitent pas le devenir), devraient selon Kempf donner l’exemple puisque ce sont eux que les autres classes paient pour imiter. C’est dans cet horizon qu’on peut et qu’on doit re-lier l’écologie (à ne pas confondre avec sa perversion qu’on nomme « développement durable ») au social. Au lieu de poursuivre l’individualisme contemporain qui pave la voie au despotisme et à la tyrannie, il est urgent, soutient-il, de revenir non seulement à l’idée mais à la pratique du « destin collectif ». Pour subsumer « l’outre-violence » qui devient aujourd’hui la norme civique, un espoir de liberté, que je partage sinon : articuler « l’impératif de la solidarité à la diminution des consommations ». Utopie. Oui, mais nécessaire.

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