Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > COMME UNE PANTHÈRE NOIRE

Gilles Archambault

COMME UNE PANTHÈRE NOIRE

Boréal, Montréal, 2001
161 pages
17,95 $

Les dix-sept nouvelles du nouveau recueil de Gilles Archambault font entendre une petite musique familière. Celle de l’amertume ressentie quand on s’aperçoit que notre vie, ce qu’on en a fait et ce qui nous en reste, est tissée de rêves perdus, d’illusions, de bonheurs éphémères qu’on a laissé s’enfuir.

Au hasard de rencontres, de coïncidences, d’événements anodins, certains des personnages de Gilles Archambault remontent le cours d’un passé qui suscite mélancolie, fureur ou dégoût. Marie-Ève retrouve, dans une librairie d’occasion, un livre autrefois offert par Steve, l’amoureux de ses vingt ans, avec une note affectueuse et banale oubliée entre les pages (« Une petite côtelette »). Un professeur, subjugué par la fille de sa femme de ménage, voit en elle le reflet, adolescente, d’une femme aimée qu’il a laissé partir (« Laurence a treize ans »). Après des années à essayer d’enfouir le passé dans l’éloignement et le silence, Raymond et Martine se revoient aux funérailles de leur mère (« Sa petite sœur »). Et Marthe, qui vieillit seule avec son chat dans un petit appartement, croit que « la vie d’adulte, la sienne en tout cas, a été une trahison d’un bout à l’autre. Rien ne compte que l’enfance » (« Il y a bien longtemps »).

D’autres, le plus souvent des personnages masculins, essaient de continuer à refouler ce passé qui les confronte à leur lâcheté. Martin, joueur et fanfaron, n’a jamais su compter que sur sa mère pour assumer sa vie (« Le temps des tendresses maternelles »). Charles revoit une femme jadis aimée avec qui il a rompu pour éviter de se remettre en question (« Tu m’oublieras »). Luc renoue avec un fils à qui il n’a pas donné signe de vie entre sa troisième et sa vingtième année (« Tu parles trop fort »).

Les lecteurs de Gilles Archambault retrouveront dans Comme une panthère noire cette même petite sonate douce-amère qui traverse la vingtaine de titres composant son œuvre. D’aucuns sans doute refermeront le recueil de nouvelles avec le sentiment que l’univers romanesque de Gilles Archambault n’a jamais été aussi marqué par la désillusion, la peur de la vieillesse et de la mort, et l’absurdité de la vie.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21